Apprendre de l'artiste

"De l'art, nous avons à prendre de la graine" J. Lacan

  • Apprendre ?

    "(...) le seul avantage qu'un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, lui fût-elle donc reconnue comme telle, c'est de se rappeler avec Freud qu'en sa matière, l'artiste toujours le précède et qu'il n'a donc pas à faire le psychologue là où l'artiste lui fraie la voie" Jacques Lacan, Autres écrits, Hommage fait à Marguerite Duras, p192.
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Et le fer s’est détraqué, par Fanny Delon

Publié par Victor Rodriguez le 4 novembre 2011

Á propos de l’Abattoir, au Théâtre de la Violette, de et avec Delphine Alvado et Anne Bourges

Je vais le faire … Et le fer s’est détraqué après que Christine Papin a repassé les quatre chemises de Monsieur.

On a rien fait de mal disent Christine et Léa

Madame a compté les sucres, rapporte Léa, elle a compté les sucres…Elle croit qu’on les a volé !

On a rien fait de mal ! crient les deux sœurs dans l’absence de Madame et de Mademoiselle.

Les deux femmes se touchent, elles se regardent, elles sont si proches, dans la chambre de bonne qu’elles partagent, elles se rassurent, se caressent, se bousculent, elles ressassent ensemble :

on a rien fait de mal !

Elles se regardent, elles se recoiffent, elles regardent le portrait d’elles qu’elles ont fait encadré : elles sont fières des crans de leur coiffure, des broderies de leur décolleté, on dirait des dames.

Dans leur chambre de bonne, les deux sœurs rêvent de chapeaux, de gants en zibeline pour aller à la messe… mais elles se cognent aux 5 francs que madame va retenir sur leur gage parce que le fer est détraqué.

Léa en rajoute, elle dit à sa sœur que Maman Madame l’a regardé bizarre, parce qu’elle avait une petite tâche sur son tablier : On a rien fait de mal !

La scène est remplie de journaux, de revues, de cartons. Delphine et Anne, les deux actrices, rêvent de comprendre Christine et Léa, les deux sœurs : elles lisent les articles, les revues, les comptes-rendus, les minutes, les rapports, elles consultent les archives, elles parcourent des magazines, et aussi des livres, des témoignages sur la Boucherie, entre Ragot et Vérité

Un fou rire les dégage du rapport médico-légal inélaborable : le marteau, les mains, les yeux, le pot, les crânes, les yeux, le sang, les couteaux, l’œil, l’escalier…

Le fer est détraqué… tremble Christine en astiquant l’argenterie de Madame, en grignotant le pain dans sa chambre de bonne : je vais le faire..

Madame n’aurait pas du retenir 5 francs sur leur gage, elles auraient pu acheter deux paires de gants en zibeline pour aller à la messe, elles auraient pu se faire tirer un nouveau portrait chez le photographe avec des chapeaux, comme des dames.

Delphine et Anne jouent à être des dames, elles n’ont qu’un gant chacune pour jouer aux dames, loin de la chambre de bonne.

On a rien fait de mal ! Léa regarde sa sœur, y voit la rage, s’emplit de cette force inaboutie. Madame l’a repoussée, Léa, avec sa petite tâche sur le tablier : j’ai pas eu le temps de me changer, elle m’a regardé bizarre, elle ne m’a pas parlé

Christine-Delphine explose sa rage sur les papiers, elle déchire, elle écrase, elle démantèle les revues, les journaux, elle déchire, sa sœur la regarde, Anne la regarde.

Le rapport médico-légal du psychiatre a déclaré que Christine et Léa Papin étaient vierges, saines de corps et d’esprit.

On a rien fait de mal !!! hurlent les deux sœurs dans l’absence de Madame et de Mademoiselle. Elle m’a regardé bizarre.

Et les plombs ont sauté, on n’y voit plus rien, elles n’y voient plus rien

Les plombs ont sauté, Christine assomme Madame qui ne devait pas repasser, elle écrase la bouche qui ne lui fera plus d’observations, elle enlève les yeux qui ne verront plus les petites tâches, elle coupe l’oreille et n’entend plus les reproches,

Léa fait comme sa sœur avec Mademoiselle.
Elles regrettent, le fer s’est détraqué… les plombs ont sauté..

Elles ne savent plus si elles regrettent. Madame et Mademoiselle ne devaient pas repasser, le fer se détraquer, les plombs ne devaient pas sauter.

Sur cette scène du Théâtre de la Violette, Delphine Alvado et Anne Bourgès nous ont ramenés dans la chambre de bonne des sœurs Papin, en 1933, tout près de Christine et de Léa, et leur Acte, repassé encore une fois devant nos yeux , nous laisse toujours sans voie.

Fanny Delon, Toulouse, octobre 2011


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Bord de scène “L’abattoir” théâtre de la violette le 21 octobre 2011

Publié par eduasca le 13 octobre 2011

L’Association de la Cause freudienne vous invite à la prochaine séance 
du Séminaire Apprendre de l’Artiste

au THEATRE DE LA VIOLETTE

BORD DE SCENE
animé par Christiane Terrisse, Victor Rodriguez et Eduardo Scarone

L’ABATTOIR

Le 2 février 1933, Christine et Léa Papin, domestiques chez les Lancelin, assassinent sauvagement et sans raison apparente, leurs patronnes.
Aujourd’hui, sur le plateau, deux comédiennes s’immergent dans les archives de l’affaire, explorent la relation complexe des deux sœurs criminelles et visitent la frontière ténue qui lie les actrices à leurs personnages.”
“Delphine Alvado et Anne Bourgès parviennent à une alchimie harmonieuse et captivante, elles sont capables d’émouvoir, d’effrayer mais aussi de faire rire, entre fait divers sordide et imaginaire collectif”
Venez découvrir l’affaire mystérieuse des Lancelin,
explorée par Delphine Alvado et Anne Bourgès
Eduardo Scarone
4 route de Revel
31400 Toulouse
scaronedu@orange.fr
0688517947

Publié dans apprendre, artiste, corps, crime, délire, folie | 1 commentaire »

Une séparation

Publié par Victor Rodriguez le 23 août 2011

Prochaine séance du séminaire consacrée au film d’Asghar Faradhi Une séparation

Le vendredi 16 Septembre 2011 au cinémas l’ABC, 13 rue Saint-Bernard, 31000 Toulouse

Consultez le synopsis 

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Les oiseaux rouges – un film de Brigitte Cornand

Publié par eduasca le 15 mars 2011

cliquez sur l’affiche pour l’agrandir

Association de la Cause freudienne Midi-Pyrénées

Séminaire Apprendre de l’Artiste

Les oiseaux rougesun film de Brigitte Cornand
cinéma ABC – le jeudi 17 mars à 21h
Chacune des 14 artistes rencontrées par Brigitte Cornand livre une part intime d’elle-même, de son rapport à l’art, de son parcours singulier vers ce qu’elle est devenue.
C’est en observant les oiseaux dans Central Park que lui vient l’idée de son dernier film, dans lequel elle met en vedette toutes ses amies artistes : Louise Bourgeois, Kiki Smith, Geneviève Cadieux, Annette Messager, Carolee Schneemann, June Leaf, Nicola.L, Pat Steir, Nancy Holt, Mary Miss, Gloria Freidmann, Joan Jonas, Gwenn Thomas, Martha Rosler.
Ayant débuté sa carrière sur Canal + dans les années 1980, Brigitte Cornand s’installe à New York après une rencontre décisive avec Louise Bourgeois quelques années plus tard.
Son film est sorti aux Etats Unis il y a un an, au Anthology Films Archives.
Il s’agit d’une création singulière, une oeuvre surprenante à découvrir.

Après la projection, en présence de Brigitte Cornand, Christiane Terrisse, psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause freudienne, animera un échange avec les personnes présentes dans la salle.

Le Séminaire Apprendre de l’Artiste avait déjà eu l’occasion de présenter le film que Brigitte Cornand a consacré à Louise Bourgeois “La rivière gentille” en février 2010 au Musée des Abattoirs, en présence de la cinéaste (voir la publication sur ce même blog).

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Harry Crews – Eveillé dans un cauchemar Nothing but a nigthmare

Publié par eduasca le 22 janvier 2011

Publié dans corps, littérature, modernité, nom-du-père, obscènité, père, précarité symbolique | Laisser un Commentaire »

Projection de “Copie conforme” d’Abbas Kiarostami + débat

Publié par eduasca le 27 juin 2010

PRIS D’INTERPRÊTATION FÉMININE ATTRIBUÉ À Juliette Binoche

PRIS DE LA jEUNESSE

au Festival Internationl du Film de Cannes 2010

LEMONDE| 18.05.10 |http://www.lemonde.fr/cinema/article/2010/05/18/copie-conforme-kiarostami-un-virtuose-de-l-illusion_1353215_3476.html où vous trouverez également une bande annonce.

“Copie conforme” : Kiarostami, un virtuose de l’illusion

C’est une petite révolution dans l’œuvre d’Abbas Kiarostami. Le cinéaste iranien a tourné pour la première fois hors de son pays, en Italie, dans un village de Toscane. Il ne faut pas en déduire qu’il s’exile, ni qu’il change sa manière.

Copie conforme, présenté en compétition à Cannes, lundi 17 mai, et en salles mercredi 19, est l’aboutissement d’un projet qu’il a évoqué il y a quelques années. Il s’était alors inquiété de savoir si Isabelle Adjani parlait arabe. Il envisageait de tourner avec elle un film à Beyrouth, un film où l’on aurait parlé trois langues. Ainsi mûrissent les films, un temps abandonnés, puis ressurgissant sous une autre forme, plus aboutie. La copie conforme d’une première mouture, avec l’apport du temps et de la réflexion, qui garantit la maîtrise, donne un zeste de plus grande vérité.

Tel est donc l’un des enjeux de ce jeu de masques. Quelques jours dans la vie d’une femme française, habitant en terre étrangère, et dont le désir contrarié, l’insatisfaction existentielle, se traduisent par son déracinement. On parle anglais, italien et français. Cette femme est à la fois en manque de ses racines et d’un homme. Elle tient une galerie d’art à Florence, élève un fils. Elle se sent délaissée par son mari, toujours absent.

On ne peut parler de guerre des sexes chez Kiarostami, mais plutôt de malentendu. Les hommes, chez lui, vivent dans l’illusion que l’amour des femmes leur est acquis et qu’ils n’ont pas besoin de donner sans cesse des preuves d’affection. Tandis que les femmes ont une conscience aiguë de l’insécurité. Elles craignent d’être délaissées et réclament des gages d’amour, des rappels de complicité. Leur sérénité passe par la certitude de pouvoir compter sur un homme assumant ses devoirs d’époux et de père. Un homme qui serait là aux bons moments, qui n’oublierait pas leur anniversaire de mariage et qui aurait conservé, comme elles, le souvenir des heures magiques de leur idylle.

Bellâtre narcissique

Un homme, une femme : ils n’ont pas de nom. Le film est une fable et une comédie. Une comédie de faux-semblants. Un jeu sur les apparences. La femme perdue assiste à la conférence donnée par un critique d’art qui vient de publier un essai. C’est un bellâtre narcissique, un calculateur, un opportuniste. Elle l’invite à visiter sa galerie, lui demande de dédicacer les exemplaires de son livre qu’elle a achetés pour elle et des amis. L’embarque en virée à Lucignano, en Toscane, où se célèbrent des mariages, reflets vertigineux de ce qui se passe entre elle et lui.

Car insensiblement, Copie conforme prend un virage désarmant. Les deux protagonistes ont des discussions polémiques sur la valeur d’une reproduction d’œuvre d’art par rapport à l’original, sur ce qui en fait le prix (l’intention de l’artiste ou le regard que l’on porte sur elle). Le scénario brouille les cartes, s’offre plusieurs révolutions. L’homme évoque un souvenir dans lequel elle se projette. Puis une serveuse de café et un touriste les prennent pour mari et femme. “Un beau couple”, dit quelqu’un.

En forment-ils un ? Nous assistons à une scène de ménage suffisamment troublante pour que perdure ce doute dont Kiarostami a fait sa marque, cette réflexion cinématographique sur la puissance révélatrice du leurre, la force visionnaire du simulacre, le rôle psychanalytique du mensonge pour exhumer la vérité. Comme dans Close-up (1991, où un homme au chômage se faisait passer pour un célèbre cinéaste), Kiarostami use de la confusion entre le vrai et le faux pour nous faire accéder à un au-delà de l’image. Ces scènes symboliques nous rappellent que nous sommes au cinéma, mais que ce qu’une femme comme Juliette Binoche (éblouissante) affiche sur un écran, sa soif de vivre, ses chagrins, son goût de l’autre, est de l’ordre de la confession.

Subrepticement donc, elle se met à s’adresser à lui comme s’il était cet époux indigne, comme si cette chaude après-midi en Toscane était une scène de rupture ou une ultime scène de séduction. En quelque sorte, comme dans Close-up ou dans Shirin (2008, où Kiarostami tournait le dos à l’écran d’une salle de projection pour filmer le visage des spectatrices), il y a deux films en un : celui que se fait l’héroïne et celui auquel Kiarostami nous fait assister.

Lorsqu’il filme son héroïne dans une voiture, caméra fixée sur elle au mépris du paysage, comme quand il montrait les spectatrices de Shirin, Kiarostami indique la césure entre ce qui est dans le champ du regard des personnages et ce qui prime pour lui : son propre point de vue. Celui de l’illusionniste qui ne cache pas ses tours de passe-passe pour cerner la vérité.

Jean-Luc Douin

Film italo-franco-iranien d’Abbas Kiarostami avec Juliette Binoche, William Shimell. (1 h 46.) Sortie en salles le 19 mai.

EXCELLENT


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Adieu Louise

Publié par eduasca le 3 juin 2010

Louise Bourgeois est morte à l’âge de 98 ans le 31 mai 2010.

Cette photo est extraite du film que Brigitte Cornand avait fait avec elle et qui fut projeté le 6 février 2010 dans le cadre du Séminaire Apprendre de l’Artiste au Musée des Abattoirs à Toulouse.

L’histoire du Séminaire Apprendre de l’Artiste avait commencé en quelque sorte avec la rencontre de Christiane Terrisse avec Louise Bourgeois à son domicile de New York. Alors inconnue de l’artiste, le fait de se présenter comme psychanalyste avait été le sésame qui ouvrirait les portes au dialogue qui s’était depuis poursuivi. La suite du séminaire gardera désormais la trace de l’ouverture à la contingence de la rencontre avec des artistes pour essayer de découvrir ce qu’ils ont à apprendre aux psychanalystes.

http://www.france-info.com/culture-spectacles-expositions-2010-05-31-la-sculptrice-louise-bourgeois-est-morte-448943-36-40.html

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Présentation de l’exposition “A nos fantômes” + Conversation avec Céline Cadaureille

Publié par eduasca le 4 mai 2010

Diplômée des Beaux Arts de Toulouse, docteur en Arts Plastiques, Céline Cadaureille enseigne actuellement à l’Université de Toulouse Le Mirail, au sein du département Arts Plastiques et Arts Appliqués auprès des Licence 1, 2 et 3. (cours magistraux et ateliers). Sa thèse de doctorat porte comme titre “L’obscénité et les limites du voir“.

Cette thèse a été présentée dans le cadre de l’Ecole doctorale ALLPH@ (http://www.univ-tlse2.fr/84629936/0/fiche___defaultstructureksup/&RH=04Formations). L’ED ALLPH@ fédère les doctorants en Arts (théâtre et danse, cinéma, musique, arts appliqués et arts plastiques), les littératures du monde, les langues étrangères (anglais, espagnol, allemand, italien, portugais, russe, polonais), la philosophie, les sciences de l’information et de la communication de Midi-Pyrénées (ED 328).

Un court reportage est disponible sur http://www.dailymotion.com/video/xd659q_une-part-du-gateau_creation

Des photos de ce projet à l’Hôpital La Grave à Toulouse sont disponibles sur http://www.facebook.com/album.php?aid=13204&id=114791588541023

Céline Cadaureille a contribué au n° 9 de la revue Marges (revue du département d’Arts Plastiques de l’Université Paris 8) sur “L’irresponsabilité de l’art?” qui reprend les interventions de la journée d’études proposée par la revue le 20 juin 2008 à l’INHA à Paris (http://www.revue-marges.fr/pdf/JE_IrresponsabiliteArt_Flyer.pdf).

Dans son article intitulé L’irresponsabilité, pour une liberté transgressive, elle développe l’idée que dans les figures d’idiot, de fou ou d’« enfants terribles » comme chez Maurizio Cattelan, les Frères Chapman ou David Nebreda, l’artiste semble parfois irresponsable. Ces postures transgressives parfois abjectes ou morbides doivent-elles être associées à une forme d’irresponsabilité innocente ou sont-elles finalement une nouvelle façon de poser la question de l’obscénité du monde ?

On peut consulter également le commentaire de Matthieu Juan sur sa participation dans le cadre de Opendoors Openeyes en 2006 à Bordeaux. http://www.opendoorsopeneyes.com/2006/article.php3?id_article=327

Opendoors Openeyes a commencé en 2002 comme une manifestation d’art contemporain dans le cadre du festival bordelais novart qui attire chaque année 40 000 personnes depuis 2001.
Cette manifestation propose des parcours nomades à travers différents ateliers et lieux d’expositions insolites de la ville.

Le Groupe Passerelle et le Groupe des Cinq, qui organisent Opendoors Openeyes, souhaitaient promouvoir avec ce concept la multiplicité et la vivacité de la création artistique. En investissant des endroits souvent insolites ou intimes, l’exposition confronte le passant curieux avec l’univers de l’artiste et lui permet de découvrir des talents souvent enfouis dans le labyrinthe de nos quartiers.

Vagina Dentata

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Projection + débat autour du film SHIRIN d’Abbas Kiarostami

Publié par eduasca le 25 mars 2010

“Chaque individu, en regardant le film, crée son propre univers.”

“Le spectateur complète son film à partir de notre semi-film.”

“Plus de cent spectateurs fabriquent leur film au même moment.”

“Il leur appartient et il correspond à leur propre univers.”

Abbas Kiarostami , mars 1995

Dans une salle de cinéma, une centaine d’actrices assistent à la projection d’un film qui narre l’histoire de Khosrow et Shirin, la plus ancienne épopée persane qui a inspiré Shakespeare pour sa pièce Roméo et Juliette. Cadrées en gros plans, ces actrices réagissent aux images que l’on ne verra pas, la bande-son étant la seule partie du film que nous puissions partager avec elles. A mesure que le film se déroule, les émotions se lisent peu à peu sur les traits de leur visage. Un sourire, des larmes, une extrême attention, alors que les obstacles empêchent le Prince Sassanide Khosrow de s’unir à la sublime princesse d’Arménie, Shirin.

Avec Shirin, Abbas Kiarostami nous propose donc une expérience radicale, une sorte d’installation cinématographique où se joue deux films en un, le premier, davantage un miroir où les spectateurs font face à d’autres spectatrices (les actrices donc), le second, le film de fiction que nous pouvons entendre mais dont les images nous sont inaccessibles, dont seule la lumière de leur projection nous est acquise sur le visage de toutes ces actrices, témoins privilégiées d’une histoire d’amour déchirante. Le cinéaste s’éloigne donc encore davantage du film de fiction pour seulement nous en proposer la trace, celle de la réaction d’un public. Qu’en est-il alors de notre propre réaction ? Shirin ne s’offre pas d’elle-même, il faut s’y investir à l’image du conte persan lui-même, le roi Khosrow devant promettre à la belle princesse arménienne de l’épouser pour pouvoir la courtiser. Rencontre impossible entre les deux amants dont les chemins se croisent sans permettre la rencontre. Ici le spectateur ne rencontre à aucun instant le film du cinéaste tant la distance des émotions (par l’intermédiaire des émotions des actrices) est lointaine.

Le film d’Abbas Kiarostami démontre un paradoxe insoluble : film éminemment intellectuel, il encense le pouvoir évocateur de la fiction sur les âmes en nous refusant ce même spectacle. En s’éloignant de la forme fictionelle, Kiarostami chercherait-il à nous en rapprocher de plus près ? Nous sommes loin en effet du cinéma qui le révéla, Où est la maison de mon ami ?Close-upAu travers des oliviersLe goût de la ceriseLe vent nous emportera, désormais de lointains échos à une conception du cinéma qui ne refusait pas la fiction elle-même, même si déjà le cinéaste questionnait les habitudes passives du spectateurs. La découverte de la caméra numérique et des possibilités plus immédiates d’un tournage « allégé » sur ABC Africa en 2000 changeront sa pratique artistique de façon irrémédiable. La tentation de la libération (celle du cinéaste vis-à-vis de son outil de travail) va conduire Abbas Kiarostami à explorer d’autres continents de la création sans jamais abandonner son questionnement sur la place du spectateur et le rôle que ce dernier doit jouer dans la longue chaîne filmique.

Shirin serait-il la conclusion de ce chemin ? Ce chemin tortueux qui ne zigzague plus dans les paysages de ses films mais bien plutôt entre les films eux-mêmes. Les uns sortiront de la projection de Shirinavec l’impression d’avoir explorer la profondeur du propos artistique du cinéaste, les autres en sortiront déçus de ne pas pouvoir contempler le visage forcément sublime de la belle princesse Arménienne. Ce qui est sûr cependant, c’est l’hommage que le cinéaste rend aux femmes et au cinéma de son pays par l’entremise d’une centaine d’actrices iraniennes de quatre générations différentes, excepté ce visage qui nous est plus familier, celui de Juliette Binoche qui s’est glissé dans ce public. A travers le regard profond  et concentré de toutes ces femmes, le film atteint une certaine intemporalité, amplifiée par l’utilisation exclusive du gros plan. La grammaire cinématographique en est réduit à sa plus simple expression conférant au film un certain caractère primitif. Un film particulier qui ne convaincra pas tout le monde, qui suscite davantage la réflexion que les sensations ou l’émotion.

source : http://cineablog.wordpress.com/2010/01/19/shirin-abbas-kiarostami-2008-chronique-cinema/#comment-61

UN EXTRAIT + interview d’Abbas Kiarostami : http://www.toutlecine.com/film/videos/0038/00385448/00018059-bande-annonce-1-shirin.html

Le commentaire du cinéma ABC de Toulouse

(source evene.fr)

S’il n’était aussi réussi, on qualifierait sans doute ce film du terme un peu méfiant d’“oeuvre-concept”. Son dispositif est en effet assez radical, enchaînant exclusivement à l’écran des visages de femmes, en plans fixes et serrés, spectatrices d’un film qui retrace les amours tragiques de la princesse Shirin. Dont nous ne percevons que la bande-son. D’abord, on songe à une mise en abyme cocasse de la salle de cinéma réelle par son double à l’écran. Mais très vite, l’enjeu formel passe au second plan, tant chacun de ces visages – tour à tour graves, amusés, inquiets, en larmes retenues, et obstinément scrutés par la caméra – traduit et commente l’action qui nous échappe comme autant de paysages mentaux. Habilement, Kiarostami poursuit ainsi sa passionnante recherche d’une éthique de la représentation, à la fois intime et collective, sur laquelle il inscrit la thématique, chez lui plus récente (essentiellement depuis Ten), d’une dimension politique de la féminité. Rappelons qu’on se trouve en Iran. Aussi, le fait qu’une spectatrice laisse glisser, aux soupirs d’une scène d’amour, le voile de ses cheveux n’est pas anodin. “Vous, mes soeurs”, leur lance d’ailleurs cette Shirin à la passion sacrifiée par les rivalités masculines, visuellement absente mais dont chaque spectatrice paraît devenir une émanation particulière. Sans lourdeur ni message, c’est dans une subtilité ouverte, labile, que se jouent ces multiples sens, laissant au spectateur une complète liberté de rêverie associative. D’autant que les dialogues du film dans le film, inspirés d’un poème épique du XIIème siècle, sont d’une dignité et d’une justesse émotionnelle remarquables, sans le moindre pathos. Conjuguant classicisme et avant-garde, profondeur et simplicité, sensibilité et intellect, ce film affirme une nouvelle fois le génie suggestif de Kiarostami. Bref, un bonheur.

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Bord de scène au Théâtre du Grand Rond

Publié par eduasca le 16 mars 2010

VEUILLEZ LAISSER CE CORPS DANS L’ETAT OU VOUS L’AVEZ TROUVE EN ENTRANT

dernière création théâtrale de la compagnie Lever du jour sur des textes de Chloé Delaume, chacune des trois comédiennes incarne un aspect de l’auteur, tour à tour complices, fraternelles ou en guerre l’une envers l’autre. Avec Delphine Alvado, Anne Bourgès, Alexandra Malfi.

Théâtre du Grand Rond (http://grand.rond.org)

Bord de scène animé par Christiane Terrisse et Florence Nègre après la séance du 17 mars à 21h.
La réservation est nécessaire au 0561621485

Inspiré de trois romans de Chloé Delaume, Le cri du Sablier, Les mouflettes d’Atropos et La vanité des somnambules, ce spectacle livre un parcours de vie : de l’enfance traumatisée au personnage de fiction, en passant par la confrontation au monde adulte. Au travers du geste, de la parole et de l’image, trois comédiennes donnent voix au personnage, faisant ainsi résonner l’écriture baroque et poétique de l’auteur. Il est question ici de rencontres amoureuses, du refus de la parole comme défense contre le monde adulte, mais aussi de la volonté d’être maître de son futur au moyen de l’écriture autofictionnelle.
D’une enfant maltraitée, à la jalousie amoureuse, en passant par l’expérience de la prostitution, c’est un parcours initiatique qui trouvera son aboutissement dans la création d’un personnage devenu aussi réel qu’imaginaire.

A propos de Chloé Delaume vous pouvez consulter sur ce même blog :

http://apprendredelartiste.wordpress.com/2001/12/09/le-cri-du-sablier-de-chloe-delaume-par-christiane-terrisse/

http://apprendredelartiste.wordpress.com/2001/12/09/du-trauma-au-style-par-christiane-terrisse/

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