Apprendre de l'artiste

"De l'art, nous avons à prendre de la graine" J. Lacan

  • Apprendre ?

    "(...) le seul avantage qu'un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, lui fût-elle donc reconnue comme telle, c'est de se rappeler avec Freud qu'en sa matière, l'artiste toujours le précède et qu'il n'a donc pas à faire le psychologue là où l'artiste lui fraie la voie" Jacques Lacan, Autres écrits, Hommage fait à Marguerite Duras, p192.
  • Enter your email address to subscribe to this blog and receive notifications of new posts by email.

    Rejoignez 48 autres abonnés

Soirée consacrée à Mommy de Xavier Dolan

Posted by vrdriguez sur 25 octobre 2014

Affiche soirée Mommy

 

Soirée Mommy ADA

 

Un film symptôme

Dans le film Mommy de Xavier Dolan les trois protagonistes, Steve le fils, Diane « Mommy » et Kyla la voisine s’expriment en joual, mixte d’anglais, de vieux français et d’argot; la rapidité de leur débit, l’intensité des échanges, le volume sonore des interpellations, le tout sur un fond de musique omniprésente rendent difficile l’écoute et ardue la compréhension. Le spectateur apprécie mieux alors le choix du sous titrage des dialogues, si tant est qu’on puisse appeler dialogues les injures, invectives, ordres et contrordres qui émaillent le texte écrit par l’auteur et interprété par les trois excellents acteurs de ce drame contemporain, d’une justesse clinique confondante.

Préliminaire à la projection, l’annonce d’une loi en vigueur en 2015 situe ce qui va suivre comme une anticipation de ce qui nous attends dans un futur proche, l’abandon par les parents des enfants « impossibles à vivre ». Le diagnostic psychiatrique TDAH (trouble de l’attention avec hyperactivité) donne le ton majeur qui infiltre tout le film, pas d’écoute de l’autre et agitation compensatoire, exutoire à ce mal entendu fondamental qui anime et épuise les unes et l’autre.

Chacun est enfermé dans sa petite musique, dans sa bande son : qu’il s’agisse de la compilation héritée du père sur laquelle le fils danse en boucle sur son skate, de la bluette italienne qu’il tente de faire entendre dans ce karaoké qu’ils fréquentaient avant le deuil, de la chanson de Céline Dion qu’ils chantent à l’unisson et ponctuent d’un selfie, pour mémoire de ce moment d’exultation heureuse, du magnifique « Born to die » qui ferme le film en un ironique et déchirant dernier joke. Die pour princesse Diana, la mère mortelle défie la société d’un affirmatif « les sceptiques seront confondus » et ne cède à aucun moment sur sa jouissance de ce fils, à la fois fétichisé comme un prince et ravalé au rang de déchet encombrant.

L’affiche du film, mère et fils en miroir, juste une main qui fait taire ou évite le baiser de trop, annonce la couleur d’une mère version à la limite incestueuse jamais franchie mais qui imprime sa marque d’intrusion, d’accusation, de surveillance réciproques du sexe de l’autre, trop réel pour être supportable.

L’insulte, dernier mot du dialogue qui vise la jouissance, irrigue le film : Die traite le chauffard d’ «enculé », accuse son fils de « voleur », le chauffeur de taxi noir offense Die « bitch », Steve répond par une série de propos racistes…j’en passe !

A l’envers de cette profusion langagière un personnage, la voisine Kyla, incarne par son bégaiement l’impossible à dire, sa présence introduit une pause dans la logorrhée ambiante et redonne au dire sa valeur d’échange, voire la possibilité du pacte de la parole. La trouvaille de cette suspension de la réponse force au silence et à l’écoute les « épars désassortis » que présente le jeune cinéaste en phase avec ses personnages et qui ne cède ni au misérabilisme sociologique, ni à l’emphase psychologique.

Au contraire, il offre un film lumineux, esthétique, dynamique, jouant sur le carré du cadre ouvert dans le bonheur ou dans le rêve, puis refermé sur l’intime d’un amour qui se cherche et rate.

« Ce n’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on peut le sauver » avertis dés le début une matrone avisée, mais ce n’est pas parce que la suite de la tragédie lui donne raison que les sujets déméritent dans leur volonté de faire advenir un futur que rien ne prédit mais qu’ils persistent à espérer, à défaut de parvenir à le construire.

« L’urgence de la vie », ce sont ces moments où s’élargit le cadre de la vision et tout l’art de ce cinéma est de nous les faire entrapercevoir, le temps d’un film qui n’ignore rien de ce qui nous attends dans le monde tel qu’il est. Tout en annonçant « l’extension de plus en plus dure des procès de ségrégation » (J Lacan, Autres écrits, proposition sur le psychanalyste de l’Ecole, p 257), il la dénonce.

Xavier Dolan qualifie « J’ai tué ma mère » de film de la crise de l’adolescence, adresse à l’Autre maternel tandis que « Mommy » est le film de la crise existentielle face à l’Autre qui n’existe pas . Cette vacance affecte le langage qu’il a su magnifiquement désaccorder dans cette œuvre symptôme du temps présent.

Christiane Terrisse

octobre 2014

Advertisements

Une Réponse to “Soirée consacrée à Mommy de Xavier Dolan”

  1. eduasca said

    Un numéro de LacanQuotien entièrement consacré au film de Xavier Dolan

    http://www.lacanquotidien.fr/blog/2014/11/lacan-quotidien-n-436-mommy-le-film-de-xavier-dolan-avec-c-terrisse-d-p-rousseau-et-n-chabot/

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :