Apprendre de l'artiste

"De l'art, nous avons à prendre de la graine" J. Lacan

  • Apprendre ?

    "(...) le seul avantage qu'un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, lui fût-elle donc reconnue comme telle, c'est de se rappeler avec Freud qu'en sa matière, l'artiste toujours le précède et qu'il n'a donc pas à faire le psychologue là où l'artiste lui fraie la voie" Jacques Lacan, Autres écrits, Hommage fait à Marguerite Duras, p192.
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Archive for the ‘Cinéma’ Category

Alyah d’Elie Wajeman par Florence Nègre

Posted by vrdriguez sur 31 mai 2013

alyahAlyah, premier long métrage d’Elie Wajeman a été salué par la critique. A Toulouse, nous sommes chanceux, nous avons pu le voir et débattre avec son réalisateur. C’était en janvier dernier et nous étions nombreux.

A Paris, Alex deale. C’est son job. Dès le début du film on le sait, il le dit : j’arrête ! Quoi exactement, nous ne le savons pas encore. Mais sa parole a la sûreté de l’acte.

Alex parle peu. On le suit et peu à peu on découvre son monde. Son père est un mur, son frère un boulet et son ex une ex. Sa vie est foireuse, il ne s’en sort pas. Alors c’est décidé il va partir rejoindre son cousin à Tel Aviv. Il va faire son Alyah. C’est le nom de son acte.

Puis il rencontre la belle et perspicace Jeanne. Elle, elle aime les mecs compliqués et questionJeanne et Alex désir, elle n’a pas froid aux yeux. Elle l’aime, il va partir mais elle le veut. Alors pour que ce soit clair elle va lui faire un dessin. Avec des lettres et des flèches, à la manière lacanienne, elle va tracer le graphe de ses embrouilles subjectives à lui. S’il ne savait pas où il en est, avec ça, il a les cartes en main. La scène est formidable.

A Tel Aviv, Alex est là où il a décidé d’être. Accoudé à sa fenêtre, il regarde la ville. Nous, on le voit de dos avec, à sa droite le dessin de Jeanne punaisé sur le mur. Que va-t-il devenir ? On ne le sait pas. Elie Wajeman non plus. Le temps est venu pour Alex de comprendre. Le temps pour conclure, ça sera plus tard.

Alex va vivre sa vie, elle nous échappe maintenant. Mais comme il nous intéresse, on va s’attarder à revenir sur lui avec Elie. Elie est comme Alex, déterminé. Mais à l’inverse de son personnage, Il parle beaucoup et bien. Du choix de ses acteurs : Pio Marmaï (Alex), Cédric Kahn (Le frère), Adèle Haenel (La belle Jeanne), d’Israël et des Etats-Unis, de son rapport avec Alex et son frêrela Shoah, de bien d’autres choses encore et puis aussi d’Isaac. Isaac le grand-frère et le boulet d’Alex. Isaac le beau parleur, le charmeur, l’embobineur. Isaac sans cesse pris dans toutes sortes d’histoires pas nettes, de fric notamment, qui n’assume jamais rien et qui toujours va trouver son frère et le baratiner pour qu’il lui sauve la mise. Alors quand Isaac fait le geste terrible de se mettre un flingue dans la bouche pour amollir son frère une fois encore et qu’Alex s’exécute, on est accablés.

Cette scène nous dit-il, dérange Elie Wajeman parce qu’il n’y comprend plus son personnage. Pourquoi Alex ne réagit pas? Il est soumis, sans réaction, il n’est pas courageux. Il aurait dû se rebeller, ne pas se laisser faire. Cette scène le dérange et pourtant il l’a gardée.

Eh bien cette scène sonne juste. Elle donne de l’épaisseur au drame subjectif d’Alex. Elle dit la force incroyable que recèle un symptôme d’œuvrer pour une satisfaction inconnue à l’encontre du sujet lui-même. Alex ne peut rien refuser à son frère, c’est comme ça. Et comme le film ne donne pas dans la psychologie ni dans le pathos, ça ne se termine pas comme par enchantement à la manière d’un happy end hollywoodien où le héros se libèrerait de ce qui l’entrave dans un renversement bouleversant. Moins spectaculaire mais plus fort, le j’arrête ! décidé d’Alex pose le premier jalon d’un changement à venir.

Longue vie au cinéma d’Elie !

Elie W et son acteur

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SHAME, un film de Steve McQUEEN

Posted by vrdriguez sur 17 février 2012

Posted in apprendre, artiste, Cinéma, corps, il n'y a pas de rapport sexuel, impératif de jouissance, impossible à supporter, modernité, obscènité, précarité symbolique, réel, sex-addict, Uns tout seuls, XXIe siècle | 4 Comments »

Une séparation

Posted by vrdriguez sur 23 août 2011

Prochaine séance du séminaire consacrée au film d’Asghar Faradhi Une séparation

Le vendredi 16 Septembre 2011 au cinémas l’ABC, 13 rue Saint-Bernard, 31000 Toulouse

Consultez le synopsis 

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Les oiseaux rouges – un film de Brigitte Cornand

Posted by eduasca sur 15 mars 2011

cliquez sur l’affiche pour l’agrandir

Association de la Cause freudienne Midi-Pyrénées

Séminaire Apprendre de l’Artiste

« Les oiseaux rouges » un film de Brigitte Cornand
cinéma ABC – le jeudi 17 mars à 21h
Chacune des 14 artistes rencontrées par Brigitte Cornand livre une part intime d’elle-même, de son rapport à l’art, de son parcours singulier vers ce qu’elle est devenue.
C’est en observant les oiseaux dans Central Park que lui vient l’idée de son dernier film, dans lequel elle met en vedette toutes ses amies artistes : Louise Bourgeois, Kiki Smith, Geneviève Cadieux, Annette Messager, Carolee Schneemann, June Leaf, Nicola.L, Pat Steir, Nancy Holt, Mary Miss, Gloria Freidmann, Joan Jonas, Gwenn Thomas, Martha Rosler.
Ayant débuté sa carrière sur Canal + dans les années 1980, Brigitte Cornand s’installe à New York après une rencontre décisive avec Louise Bourgeois quelques années plus tard.
Son film est sorti aux Etats Unis il y a un an, au Anthology Films Archives.
Il s’agit d’une création singulière, une oeuvre surprenante à découvrir.

Après la projection, en présence de Brigitte Cornand, Christiane Terrisse, psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause freudienne, animera un échange avec les personnes présentes dans la salle.

Le Séminaire Apprendre de l’Artiste avait déjà eu l’occasion de présenter le film que Brigitte Cornand a consacré à Louise Bourgeois « La rivière gentille » en février 2010 au Musée des Abattoirs, en présence de la cinéaste (voir la publication sur ce même blog).

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Projection de « Copie conforme » d’Abbas Kiarostami + débat

Posted by eduasca sur 27 juin 2010

PRIS D’INTERPRÊTATION FÉMININE ATTRIBUÉ À Juliette Binoche

PRIS DE LA jEUNESSE

au Festival Internationl du Film de Cannes 2010

LEMONDE| 18.05.10 |http://www.lemonde.fr/cinema/article/2010/05/18/copie-conforme-kiarostami-un-virtuose-de-l-illusion_1353215_3476.html où vous trouverez également une bande annonce.

« Copie conforme » : Kiarostami, un virtuose de l’illusion

C’est une petite révolution dans l’œuvre d’Abbas Kiarostami. Le cinéaste iranien a tourné pour la première fois hors de son pays, en Italie, dans un village de Toscane. Il ne faut pas en déduire qu’il s’exile, ni qu’il change sa manière.

Copie conforme, présenté en compétition à Cannes, lundi 17 mai, et en salles mercredi 19, est l’aboutissement d’un projet qu’il a évoqué il y a quelques années. Il s’était alors inquiété de savoir si Isabelle Adjani parlait arabe. Il envisageait de tourner avec elle un film à Beyrouth, un film où l’on aurait parlé trois langues. Ainsi mûrissent les films, un temps abandonnés, puis ressurgissant sous une autre forme, plus aboutie. La copie conforme d’une première mouture, avec l’apport du temps et de la réflexion, qui garantit la maîtrise, donne un zeste de plus grande vérité.

Tel est donc l’un des enjeux de ce jeu de masques. Quelques jours dans la vie d’une femme française, habitant en terre étrangère, et dont le désir contrarié, l’insatisfaction existentielle, se traduisent par son déracinement. On parle anglais, italien et français. Cette femme est à la fois en manque de ses racines et d’un homme. Elle tient une galerie d’art à Florence, élève un fils. Elle se sent délaissée par son mari, toujours absent.

On ne peut parler de guerre des sexes chez Kiarostami, mais plutôt de malentendu. Les hommes, chez lui, vivent dans l’illusion que l’amour des femmes leur est acquis et qu’ils n’ont pas besoin de donner sans cesse des preuves d’affection. Tandis que les femmes ont une conscience aiguë de l’insécurité. Elles craignent d’être délaissées et réclament des gages d’amour, des rappels de complicité. Leur sérénité passe par la certitude de pouvoir compter sur un homme assumant ses devoirs d’époux et de père. Un homme qui serait là aux bons moments, qui n’oublierait pas leur anniversaire de mariage et qui aurait conservé, comme elles, le souvenir des heures magiques de leur idylle.

Bellâtre narcissique

Un homme, une femme : ils n’ont pas de nom. Le film est une fable et une comédie. Une comédie de faux-semblants. Un jeu sur les apparences. La femme perdue assiste à la conférence donnée par un critique d’art qui vient de publier un essai. C’est un bellâtre narcissique, un calculateur, un opportuniste. Elle l’invite à visiter sa galerie, lui demande de dédicacer les exemplaires de son livre qu’elle a achetés pour elle et des amis. L’embarque en virée à Lucignano, en Toscane, où se célèbrent des mariages, reflets vertigineux de ce qui se passe entre elle et lui.

Car insensiblement, Copie conforme prend un virage désarmant. Les deux protagonistes ont des discussions polémiques sur la valeur d’une reproduction d’œuvre d’art par rapport à l’original, sur ce qui en fait le prix (l’intention de l’artiste ou le regard que l’on porte sur elle). Le scénario brouille les cartes, s’offre plusieurs révolutions. L’homme évoque un souvenir dans lequel elle se projette. Puis une serveuse de café et un touriste les prennent pour mari et femme. « Un beau couple », dit quelqu’un.

En forment-ils un ? Nous assistons à une scène de ménage suffisamment troublante pour que perdure ce doute dont Kiarostami a fait sa marque, cette réflexion cinématographique sur la puissance révélatrice du leurre, la force visionnaire du simulacre, le rôle psychanalytique du mensonge pour exhumer la vérité. Comme dans Close-up (1991, où un homme au chômage se faisait passer pour un célèbre cinéaste), Kiarostami use de la confusion entre le vrai et le faux pour nous faire accéder à un au-delà de l’image. Ces scènes symboliques nous rappellent que nous sommes au cinéma, mais que ce qu’une femme comme Juliette Binoche (éblouissante) affiche sur un écran, sa soif de vivre, ses chagrins, son goût de l’autre, est de l’ordre de la confession.

Subrepticement donc, elle se met à s’adresser à lui comme s’il était cet époux indigne, comme si cette chaude après-midi en Toscane était une scène de rupture ou une ultime scène de séduction. En quelque sorte, comme dans Close-up ou dans Shirin (2008, où Kiarostami tournait le dos à l’écran d’une salle de projection pour filmer le visage des spectatrices), il y a deux films en un : celui que se fait l’héroïne et celui auquel Kiarostami nous fait assister.

Lorsqu’il filme son héroïne dans une voiture, caméra fixée sur elle au mépris du paysage, comme quand il montrait les spectatrices de Shirin, Kiarostami indique la césure entre ce qui est dans le champ du regard des personnages et ce qui prime pour lui : son propre point de vue. Celui de l’illusionniste qui ne cache pas ses tours de passe-passe pour cerner la vérité.

Jean-Luc Douin

Film italo-franco-iranien d’Abbas Kiarostami avec Juliette Binoche, William Shimell. (1 h 46.) Sortie en salles le 19 mai.

EXCELLENT


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Projection + débat autour du film SHIRIN d’Abbas Kiarostami

Posted by eduasca sur 25 mars 2010

« Chaque individu, en regardant le film, crée son propre univers. »

« Le spectateur complète son film à partir de notre semi-film. »

« Plus de cent spectateurs fabriquent leur film au même moment. »

« Il leur appartient et il correspond à leur propre univers. »

Abbas Kiarostami , mars 1995

Dans une salle de cinéma, une centaine d’actrices assistent à la projection d’un film qui narre l’histoire de Khosrow et Shirin, la plus ancienne épopée persane qui a inspiré Shakespeare pour sa pièce Roméo et Juliette. Cadrées en gros plans, ces actrices réagissent aux images que l’on ne verra pas, la bande-son étant la seule partie du film que nous puissions partager avec elles. A mesure que le film se déroule, les émotions se lisent peu à peu sur les traits de leur visage. Un sourire, des larmes, une extrême attention, alors que les obstacles empêchent le Prince Sassanide Khosrow de s’unir à la sublime princesse d’Arménie, Shirin.

Avec Shirin, Abbas Kiarostami nous propose donc une expérience radicale, une sorte d’installation cinématographique où se joue deux films en un, le premier, davantage un miroir où les spectateurs font face à d’autres spectatrices (les actrices donc), le second, le film de fiction que nous pouvons entendre mais dont les images nous sont inaccessibles, dont seule la lumière de leur projection nous est acquise sur le visage de toutes ces actrices, témoins privilégiées d’une histoire d’amour déchirante. Le cinéaste s’éloigne donc encore davantage du film de fiction pour seulement nous en proposer la trace, celle de la réaction d’un public. Qu’en est-il alors de notre propre réaction ? Shirin ne s’offre pas d’elle-même, il faut s’y investir à l’image du conte persan lui-même, le roi Khosrow devant promettre à la belle princesse arménienne de l’épouser pour pouvoir la courtiser. Rencontre impossible entre les deux amants dont les chemins se croisent sans permettre la rencontre. Ici le spectateur ne rencontre à aucun instant le film du cinéaste tant la distance des émotions (par l’intermédiaire des émotions des actrices) est lointaine.

Le film d’Abbas Kiarostami démontre un paradoxe insoluble : film éminemment intellectuel, il encense le pouvoir évocateur de la fiction sur les âmes en nous refusant ce même spectacle. En s’éloignant de la forme fictionelle, Kiarostami chercherait-il à nous en rapprocher de plus près ? Nous sommes loin en effet du cinéma qui le révéla, Où est la maison de mon ami ?Close-upAu travers des oliviersLe goût de la ceriseLe vent nous emportera, désormais de lointains échos à une conception du cinéma qui ne refusait pas la fiction elle-même, même si déjà le cinéaste questionnait les habitudes passives du spectateurs. La découverte de la caméra numérique et des possibilités plus immédiates d’un tournage « allégé » sur ABC Africa en 2000 changeront sa pratique artistique de façon irrémédiable. La tentation de la libération (celle du cinéaste vis-à-vis de son outil de travail) va conduire Abbas Kiarostami à explorer d’autres continents de la création sans jamais abandonner son questionnement sur la place du spectateur et le rôle que ce dernier doit jouer dans la longue chaîne filmique.

Shirin serait-il la conclusion de ce chemin ? Ce chemin tortueux qui ne zigzague plus dans les paysages de ses films mais bien plutôt entre les films eux-mêmes. Les uns sortiront de la projection de Shirinavec l’impression d’avoir explorer la profondeur du propos artistique du cinéaste, les autres en sortiront déçus de ne pas pouvoir contempler le visage forcément sublime de la belle princesse Arménienne. Ce qui est sûr cependant, c’est l’hommage que le cinéaste rend aux femmes et au cinéma de son pays par l’entremise d’une centaine d’actrices iraniennes de quatre générations différentes, excepté ce visage qui nous est plus familier, celui de Juliette Binoche qui s’est glissé dans ce public. A travers le regard profond  et concentré de toutes ces femmes, le film atteint une certaine intemporalité, amplifiée par l’utilisation exclusive du gros plan. La grammaire cinématographique en est réduit à sa plus simple expression conférant au film un certain caractère primitif. Un film particulier qui ne convaincra pas tout le monde, qui suscite davantage la réflexion que les sensations ou l’émotion.

source : http://cineablog.wordpress.com/2010/01/19/shirin-abbas-kiarostami-2008-chronique-cinema/#comment-61

UN EXTRAIT + interview d’Abbas Kiarostami : http://www.toutlecine.com/film/videos/0038/00385448/00018059-bande-annonce-1-shirin.html

Le commentaire du cinéma ABC de Toulouse

(source evene.fr)

S’il n’était aussi réussi, on qualifierait sans doute ce film du terme un peu méfiant d’“oeuvre-concept”. Son dispositif est en effet assez radical, enchaînant exclusivement à l’écran des visages de femmes, en plans fixes et serrés, spectatrices d’un film qui retrace les amours tragiques de la princesse Shirin. Dont nous ne percevons que la bande-son. D’abord, on songe à une mise en abyme cocasse de la salle de cinéma réelle par son double à l’écran. Mais très vite, l’enjeu formel passe au second plan, tant chacun de ces visages – tour à tour graves, amusés, inquiets, en larmes retenues, et obstinément scrutés par la caméra – traduit et commente l’action qui nous échappe comme autant de paysages mentaux. Habilement, Kiarostami poursuit ainsi sa passionnante recherche d’une éthique de la représentation, à la fois intime et collective, sur laquelle il inscrit la thématique, chez lui plus récente (essentiellement depuis Ten), d’une dimension politique de la féminité. Rappelons qu’on se trouve en Iran. Aussi, le fait qu’une spectatrice laisse glisser, aux soupirs d’une scène d’amour, le voile de ses cheveux n’est pas anodin. “Vous, mes soeurs”, leur lance d’ailleurs cette Shirin à la passion sacrifiée par les rivalités masculines, visuellement absente mais dont chaque spectatrice paraît devenir une émanation particulière. Sans lourdeur ni message, c’est dans une subtilité ouverte, labile, que se jouent ces multiples sens, laissant au spectateur une complète liberté de rêverie associative. D’autant que les dialogues du film dans le film, inspirés d’un poème épique du XIIème siècle, sont d’une dignité et d’une justesse émotionnelle remarquables, sans le moindre pathos. Conjuguant classicisme et avant-garde, profondeur et simplicité, sensibilité et intellect, ce film affirme une nouvelle fois le génie suggestif de Kiarostami. Bref, un bonheur.

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Projection-Débat « LA ROUTE » de John Hillcoat

Posted by eduasca sur 23 février 2010

La catastrophe a eu lieu. Dans un monde dévasté, couvert de cendres, un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanité retournée à la barbarie. Cormac McCarthy raconte l’odyssée de ces deux personnages dans son récit dépouillé à l’extrême. Prix Pulitzer 2007, La Route s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires aux Etats-Unis. Il a été publié en France aux Editions de l’Olivier.

John Hillcoat est né en 1961 dans le Queensland (Australie) et a grandi à Hamilton, Ontario (Canada). Dans sa jeunesse, ses tableaux ont figuré dans l’Art Gallery of Hamilton. Il a beaucoup travaillé avec Nick Cave et avec le groupe Depeche Mode. Son film, La Route, adaptation du roman de Cormac McCarthy a été présenté en 2009 au Festival du Film de Toronto.

John Hillcoat (deuxième en partant de la droite) avec les comédiens de La Route

Cormac McCarthy est né à Providence (Rhode Island) en 1933. Couronnée par le National Book Critics Circle Award et le National Book Award, son œuvre est considérée aujourd’hui comme l’une des plus marquantes de la littérature américaine contemporaine.

« Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d’ambre où les bordures de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D’une chose qu’on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu’elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère. »

Cormac McCarthy

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Interview de Brigitte Cornand

Posted by vrdriguez sur 31 janvier 2010

La rivière gentille
paru dans la Lettre Mensuelle de l’Ecole de la Cause freudienne

CT- Brigitte Cornand la sortie de votre film « La Rivière gentille » coïncide avec l’exposition que le Centre Georges Pompidou consacre ce printemps à Louise Bourgeois, mais ce n’est pas le premier film que vous  réalisez sur cette artiste.

BC- En effet j’ai commencé en 1995 par une vidéo de 55 minutes intitulée  « Chère Louise », ensuite « Mes travaux en cours » coproduits par le Musée inter contemporain de Bordeaux sont sortis à l’occasion des 90 ans de Louise, « C’est le murmure de l’eau qui chante » accompagnait l’installation sonore du Musée de Tokyo en 2002, ce portrait de 90 minutes suivait l’élaboration de son travail entre 1996 et 2002. Le dernier film « La Rivière Gentille »  est entièrement tourné à son domicile à Chelsea, il dure 100 minutes, c’est « une exploration lente » de  son quotidien.

CT- Comment vous situez vous par rapport aux films d’art ?

BC- J’estime que ça n’a rien à voir ! Quand je veux faire un travail avec un artiste je sais que je vais y passer du temps, que je ne vais pas parler, que ça va se faire petit à petit, que les choses vont se déclencher par le biais, avec l’aide de ma patience. C’est vraiment une règle que je me suis donnée : « moins on m’entends, mieux c’est ».

CT- Comme dans une psychanalyse

BC- Oui, d’ailleurs Dennis Oppenheim avec qui je travaille actuellement me dit « c’est bien parce que j’ai un shrink , terme argot pour dire psychanalyste, qui m’écoute et en plus ne me demande pas d’argent, c’est génial ! ».

CT- Mais il y  faut du temps

BC- Bien sûr, c’est montrer comme un journal, avec l’idée du temps, comme un moment avec des gens qui font partie de ma vie, que je connais, Annette Messager, Christian Boltanski, Louise c’est un engagement dans la durée. Je ne veux pas intervenir, entrer dans un discours avec des « je pense que », j’essaye de saisir la vie et l’œuvre, comment ça se fait avec cet inconscient dont Louise dit qu’il est son ami.

Avec Louise ça s’est déclenché avec le premier film, quand elle a vu le résultat elle n’en revenait pas, d’une certaine façon ça ne ressemblait à rien de ce qu’ils connaissaient. Jerry, je me rappelle était plutôt réservé. Puis quand Jerry et Louise ont vu le résultat ils étaient très contents car l’œuvre, le travail, la vie ça fait une écriture. La maison de Louise c’est une œuvre, Jerry aussi est une œuvre et ça me plait d’être là dedans, dans ce bric-à-brac, les choses sont comme des pépites,  des diamants. Quand elle parle, quand elle écrit on est transportés dans un autre univers. C’est pour ça que j’aime bien cette photo pour annoncer le film, on voit que c’est vraiment une personne d’un autre temps, elle est assise à sa table, elle porte le grey coat, l’éternel grey coat, c’est le soir,  quand elle se met au travail, vers cinq heures.

CT- Avez-vous besoin de cette intimité pour filmer ?

BC- Oui, avec Louise nous sommes très proches, nos histoires ont des points communs. Elle m’a laissé énormément d’espace de liberté mais j’ai été très respectueuse de ce qu’elle me donnait.

Avec elle j’ai changé complètement ma façon de travailler, au début j’avais un chef opérateur, des câbles partout, un preneur de son mais ça perturbe de rentrer dans  l’atelier ou dans la maison de ces artistes à l’ancienne, alors pour ne pas les déranger et moi pour ne pas être dérangée dans l’idée que j’ai de ce travail j’ai tout supprimé.

CT- Grâce à de nouveaux outils.

BC- Des instruments de travail, la vidéo, les petites caméras numériques, le super huit, ont permis cette révolution mais aussi  des rencontres, avec Jonas Mekas entre autres. Au début j’avais commencé par une petite série de portraits de trois minutes avec un type à la caméra (elle pesait de 15 kilos) et un preneur de son ; ensuite j’ai fait une émission tous les Dimanches pour Canal + en clair, sur l’art contemporain, ça durait cinq minutes, ils avaient trouvé un titre un peu graveleux  pour attirer:Tranches de l’art.

CT- Tranches de lar-d !

BC- Non, de L’a-r-t.  En travaillant sur un film autour de Andy Warhol j’ai rencontré son mentor Jonas Mékas, chef de file des cinéastes indépendants de NY, à l’initiative d’ une coopérative de cinéastes expérimentaux ; il m’a dit « pourquoi tu travailles comme ça ? Tu garderais beaucoup plus d’argent pour toi, et en dépenserais moins sans  réalisateur ni caméraman » Il m’a convertie mais je l’ai converti aussi : il avait une grosse Bolex et je lui ai dit «  mais Jonas il y a des petites caméra numériques – I am against vidéo caméra ! » ( Il est lituanien et a un accent comme ça ) puis il a changé lui aussi.

CT- Ces artistes de « votre famille » sont inspirés par leur histoire et par l’Histoire.

BC- Annette parle à ses sculptures comme si elles étaient ses enfants, elle prend des objets  bien réels qu’elle choisit et comme Louise elle invente avec sa culture, sa réflexion un autre vocabulaire, de nouvelles formes, des objets nouveaux. C’est ce qui me fascine.

CT- Quand Christian Boltanski construit un labyrinthe avec des boites de biscuits il atteint l’universel.

BC- Ca nous touche car ce sont des choses que l’on reconnaît, qui nous rappellent quelqu’un, une odeur ou un goût. Louise aime bien les madeleines !

CT- Ce qui revient toujours à la même place, comme ces réunions du Dimanche. Est-ce la suite de son activité d’enseignante dans des écoles d’art ?

BC- Aujourd’hui c’est une routine, mais elle dit que quand on vieillit la routine est nécessaire, elle montre qu’elle est vivante et qu’elle a toujours de l’autorité. Les artistes importants ne l’intéressent pas, elle préfère les jeunes qui lui amènent des informations sur l’extérieur car elle ne sort plus depuis dix ans. Quand son mari a disparu il fallait combler ce vide, comme elle aime bien avoir des visites elle donnait des rendez vous toutes les heures, pas en pack comme maintenant mais deux par deux. Elle m’avait dit « Les enfants s’ennuient le Dimanche », encore un morceau d’enfance. Comme pour la musique. Quand elle a écrit le poème Otte pour l’exposition « Masculin, Féminin » elle me l’avait fait lire et m’avait dit « J’aimerais bien faire une rap session », Je n’avais rien répondu mais j’avais enregistré et demandé à un copain de faire un arrangement musical. Elle a adoré et ça a réveillé les leçons de piano, la musique, les comptines. Mais c’est aussi lié à l’âge, elle a moins de facilités pour manier les scies, le fer à souder et le masque que je lui ai vu porter, alors elle se sert de ce qui est le plus proche, la voix ; Elle a encore une belle voix et peut créer une œuvre sonore comme celle présentée en 2002 au Palais de Tokyo. D’ailleurs les titres de deux de mes films sont des citations de poèmes que Louise récite ou chante.

Il y a 11 ans je devais faire un film sur le photographe mexicain Manuel Alvarez Bravo qui est mort l’année dernière. Quand je l’ai vu il était en chaise roulante, il ne pouvait presque plus parler mais il continuait à travailler, il photographiait tout ce qui l’entourait, un morceau de rideau, un arbre. L’exposition a été un chef d’œuvre. Ca m’est resté et  j’interprète le choix de Louise à partir de cette expérience, avec la voix elle peut continuer à créer à partir de son intérêt pour le langage, pour les mots. Avec elle je deviens plus curieuse, plus cultivée, elle s’intéresse à tout, nous recherchons sur le dictionnaire ou à l’ordinateur la précision, et quand elle est satisfaite du résultat elle s’écrie « c’est ça !» avec un enthousiasme juvénile. J’aime la manière dont elle transforme tout en poésie avec une grande liberté.

CT- De votre film on peut aussi dire «  c’est ça ! » car on y retrouve exactement l’ambiance de son domicile à Chelsea. Il est émouvant de la voir tracer à l’aquarelle les silhouettes exposées dans la dernière salle, celle de 2007.

BC- Elle est contente de faire ces femmes avec cinq mamelles, 1-2-3-4-5, c’est la famille. Elle fait beaucoup de choses comme ça avec le graveur sur cuivre, elle a de l’énergie

J’ai bien aimé l’installation de Paris, plus ramassée, plus sombre et inquiétante qu’à Londres, comme dans un grenier on peut confondre, c’est bien dans son esprit. Le cabinet de curiosités donne l’idée de son génie imprévisible, avec une certaine cruauté.

CT- C’est vrai qu’elle est imprévisible ! J’ai toujours un peu peur qu’elle me jette sans préavis, sur un mot de trop.

BC- Ma grand-mère était comme elle, ce même caractère, elle cassait des trucs, personne ne pouvait lui résister alors avec Louise je n’étais pas impressionnée et même très contente de retrouver ce spectacle, cette violence. Louise a changé ma vie, je suis allée vivre à New York pour elle. C’est bien d’avoir une histoire comme ça !

Entretien avec Brigitte Cornand, cinéaste. Réalisé le 21 Mars 2008 par Christiane Terrisse

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La rivière gentille, portrait de Louise Bourgeois par Brigitte Cornand

Posted by vrdriguez sur 19 janvier 2010

La prochaine séance du séminaire Apprendre de l’artiste sera consacré au film intitulé La rivière gentille, portrait de Louise Bourgeois, réalisé par Brigitte Cornand. Un débat sera animé par Christiane Terisse avec la cinéaste au musée des Abattoirs de Toulouse le samedi 06 février 2010 à 16 heures. Le séminaire est ouvert au public, n’hésitez pas à diffuser l’affiche.

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RIEN DE PERSONNEL : Quel programme!

Posted by eduasca sur 23 octobre 2009

Le cinéma Le Cratère à Toulouse a invité des psychanalystes de l’Ecole de la Cause freudienne à la projection du film de Mathias Gokalp, le jeudi 22 octobre 2009 à 20h45. Cette invitation fait suite à une collaboration étroite avec le cinéma depuis plusieurs années dans le cadre du Séminaire « Apprendre de l’Artiste » à l’initiative de Christiane Terrisse et inscrit parmi les activités de l’Association de la Cause freudienne Midi-Pyrénées. Un débat très riche a eu lieu ensuite, animé par Christiane Terrisse, Florence Nègre et Eduardo Scarone, avec tous ceux qui ont voulu y participer, dans une salle comble. Remercions ici M. Yves-Claude Marie, directeur du cinéma Le Cratère pour sa chaleureuse invitation.


http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18905621&cfilm=140331.html

« Inspirer la folie en gardant la raison »♫♪

Le programme promu par le discours actuel de l’évaluation est acéphale. Chacun le met en œuvre, mais il semble conduit par l’intention de personne. Il balaye le temps qu’il faut pour comprendre au profit d’une anticipation des résultats, sans qu’aucune conclusion ne puisse advenir. Inscrit désormais dans la vie quotidienne des entreprises humaines, un tel programme exige des protocoles de bonne pratique, des surveillances réciproques, des manipulations calculées, des trahisons fratricides. Le ravage que ce programme produit est celui qui compromet le sujet dans le processus de sa propre éviction, soit une abjection, ou, pour emprunter l’élégance caustique de Mathias Gokalp, une « sommation irrespectueuse » (Cf. texte de Vicomte Victor-Marie Hugo mis en musique par Alexis-Emmanuel Chabrier). Son premier long-métrage, « Rien de personnel » (France 2009), nous introduit dans la scène même de ce huis clos infernal dans lequel chaque sujet sombre à sa manière. Pas de sens à trouver dans le travail, chacun s’évertue simplement à tenter de défendre sa place, son poste, avec les armes pipées du programme lui-même. Au fond, il s’agit bien de jouer une drôle de comédie funeste.
« Je préfère l’ironie au cynisme, et j’aime les films qui sont généreux avec les personnages. » (M. Gokalp, Tchat Libération.fr du 29 septembre 2009)
Le film, construit de façon originale en plusieurs séquences qui répètent le déroulement d’une même soirée proposée par une entreprise pharmaceutique à ses cadres, questionne directement la subjectivité de chacun. Il interroge la manière dont le récit véhiculé par les images produit un effet de leurre, de partialité. « Le monde de l’entreprise où l’individu est «atomisé» me semblait réclamer un traitement du récit qui met en cause la subjectivité traditionnelle. » (M. Gokalp, Tchat Libération.fr du 29 septembre 2009) dossier de presse

Il s’agit concrètement d’un défi pour le psychanalyste de se situer, et d’inventer sa pratique, dans ce monde envahi par le pur semblant. Il ne le peut qu’en faisant valoir encore l’intransigeante subversion propre au sujet à une époque où la consommation l’emporte sur tout autre valeur. Le psychanalyste du XXIe siècle ne peut s’avancer qu’avec les armes que J. Lacan a forgés, dans une intuition guidée par la lecture attentive qu’il faisait de notre modernité, qui réduit la valeur de l’humain et prône l’interchangeabilité possible de chacun, considérée du seul point de vue du rôle qu’il joue. La logique du chiffre, produit l’affolement d’un dispositif évaluateur de ce qui est appris, rangé, de ce qui stagne dans la connaissance. Il s’agit d’une religion du bonheur qui produit le malheur par le séquençage des conduites humaines et l’entraînement visant à la recomposition, au réangencement de ces conduites au profit exclusif d’une bonne performance de l’entreprise. Quant au psychanalyste, il ne peut se tenir dans cette époque qu’en affirmant une pratique de l’interprétation qui ne vise pas une rectification comportementale (comme le dressage violent du coatching le prône, admirablement incarné dans le film par Jean-Pierre Darroussin), mais une rectification subjective. Cette voie, emprunte à la logique même de la production d’un psychanalyste les coordonnées qui lui permettent de s’appuyer sur ce qui s’acquiert de ce qui change, une rectification produite par le fait d’entendre chez chacun le rendez-vous qu’il a avec sa propre singularité.

« Le sujet du film m’a été inspiré par des amis comédiens qui, pendant leur période de chômage, coachaient des cadres d’entreprises. Ce qui m’intéressait dans leur récit, c’était de voir ces comédiens au statut précaire, souvent très mal payés, qui affrontaient des cadres mieux payés qu’eux, mais victimes d’un type différent de précarité. » (M. Gokalp, Tchat Libération.fr du 29 septembre 2009)

« Rire étant si jolie,
C’est mal. Ô trahison
D’inspirer la folie,
En gardant la raison ! »

Texte de la « Sommation irrespectueuse » : Vicomte Victor Marie Hugo (1802 – 1885) (premier quatrain)
Mise en musique : Alexis-Emmanuel Chabrier (1841-1894)

« Toute évaluation est un contrat de confiance. Le contrat, c’est ici : « Élaborons ensemble la méthode de ton évaluation. » Quand le signifiant de l’Autre se pose comme la loi, vous pouvez vous révolter contre, mais quand on vous entraîne dans le contrat de confiance – et comment résister à celui qui dit : « Je ne te veux aucun mal, je te demande seulement de me communiquer le texte de ce que tu peux dire de toi-même, tu seras pesé selon le critères que toi-même auras définis » – quand on réussit à compromettre le sujet dans le processus de sa propre exclusion, quand on l’aveugle ainsi sur ce qu’on lui soustrait, alors c’est l’abjection. »
Voulez-vous être évalué?  Entretiens sur une machine d’imposture.
Essai.
Jacques-Alain Miller & Jean-Claude Milner
Coll. Figures – Grasset & Fasquelle éditeurs
mai 2004

Eduardo Scarone
novembre 2009

Réactions à la sortie du film :

http://www.dailymotion.com/video/xaao1v_reactions-a-la-sortie-de-rien-de-pe_shortfilms

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