Apprendre de l'artiste

"De l'art, nous avons à prendre de la graine" J. Lacan

  • Apprendre ?

    "(...) le seul avantage qu'un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, lui fût-elle donc reconnue comme telle, c'est de se rappeler avec Freud qu'en sa matière, l'artiste toujours le précède et qu'il n'a donc pas à faire le psychologue là où l'artiste lui fraie la voie" Jacques Lacan, Autres écrits, Hommage fait à Marguerite Duras, p192.
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Archive for the ‘littérature’ Category

Harry Crews – Eveillé dans un cauchemar Nothing but a nigthmare

Posted by eduasca sur 22 janvier 2011

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Conversation avec Laurent Mauvignier

Posted by eduasca sur 2 mars 2010

Ils ont été appelés en Algérie au moment des ‘événements‘, en 1960. Deux ans plus tard,  Bernard, Rabut, Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire en hiver, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

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A propos de CARLOS LISCANO, par Eduardo Scarone

Posted by vrdriguez sur 25 février 2007

Jeudi 8 mars 2007, à 20h30, LIBRAIRIE OMBRES BLANCHES, 7 rue des Gestes, Toulouse

Echange avec l’écrivain, animé par Eduardo Scarone autour de la parution en France de 2 nouvelles traductions de ses œuvres.

Souvenirs de la guerre récente (Belfond), L’impunité des bourreaux (Bourin), Autres publications : Ma famille (éditions THEATRALES JEUNESSE), Le rapporteur et autres écrits, (éditions 10/18), La route d’Ithaque (éditions Belfond), Le fourgon des fous (éditions Belfond)

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Le cri du sablier de Chloe Delaume, par Christiane Terrisse

Posted by vrdriguez sur 9 décembre 2001

Lors de l’émission culturelle du 6 Octobre 2001 sur la chaine Arte, Métropolis, Pierre-André Boutang rencontrait Chloé Delaume à propos de son livre Le cri du sablier paru aux éditions Léo Scheer, farrago en Aout. L’entendre parler et lire quelques extraits de son texte fut un choc comparable avec la rencontre de l’oeuvre de Louise Bourgeois et suscita ce travail. L’oeuvre de Louise Bourgeois gravite autour de “ La destruction du père ”, père destructeur et à détruire, par un morcellement du corps dans sa sculpture. Le texte de Chloé Delaume réalise la même opération par un éclatement du vocabulaire et de la syntaxe des phrases dans ses textes.

Du trauma nait un style, car ils participent de la même matière langagière, depuis le procés inaugural “ mon père, tu m’as sali des mots ” jusqu’au constat actuel “ du Verbe revenu maintenant je peux vivre pour de bon ” (p 130,131). C’est cette transmutation que je vais tenter d’examiner, à l’aide de l’orientation lacanienne.

En 2000 Chloé Delaume avait publié chez le même éditeur Les mouflettes d’Atropos, placé sous l’égide de la troisième des Parques, chargée de couper le fil rattachant chaque homme à la vie (ou du papillon crépusculaire appelé tête de mort). Le titre associe un terme relevant du vocabulaire familier et une référence mythologique érudite, cette mise en tension de deux registres hétérogènes caractérise ce style empreint d’une violente “ misanthropie ou misandrie ”(p 113). “ C’est l’histoire d’une petite fille qui avait perdu sa maman et qui voulait châtrer les ogres (p 24) ” L’orpheline va désormais faire payer ce qui ne peut pas se calculer ça ne se calcule pas le ressentiment (p 9) ” car “ les chiffres appartenaient à la langue du père. Celui-ci surgissait à travers tout contact mathématique ” (p 31, le cri). “ ma haine est en moi. je ne peux pas la calculer. Alors je cherche à l’expulser ” Cette expulsion occupe l’essentiel du texte, écrit à la première personne, monologue en langage parlé, parfois relaché, émaillé d’injures, parfois aussi informatif qu’une recette de cuisine ou une fiche de bricolage détournées “ en vue de l’éradication du genre queutal ”(p 40),parfois détaillé comme une étude psycho-sociologique, ou précis comme un rapport de police. Ces ruptures de ton permettent à l’auteur de déployer une inventivité “ à la manière de ”, de parodier tous les genres, et de contraindre à un effort permanent d’attention le lecteur directement pris à parti.

Dans le deuxième livre, publié en 2001, l’auteur use du procédé stylistique de l’interlocution et choisit comme interlocuteur un “ psy ”. Même si l’auteur avertit : “ Tout n’était qu’autopsy ”, (p 123) nous savons depuis Balzac que “ le style c’est l’homme ” et avec Lacan que “ le style c’est l’homme à qui l’on s’adresse… c’est l’objet qui répond à la question du style ”. L’objet voix est ici prévalent, aussi présent dans le silence que dans la jaculation jubilatoire de l’auteur qui se fait cri pour porter à l’écrit cett auto-fiction de sa vérité.

Le texte s’organise en trois actes, parodie du modèle théatral, “ l’acte I fut l’enfant ” durant neuf ans, à l’acte II, l’enfant fut renommée “ elle ne sera plus qu’elle ” et changea de famille, à l’acte III “ elle délia sa langue ”. A la tragédie antique est emprunté le thème récurrent du destin funeste,et sont ironiquement convoqués les personnages mythiques, “ Cassandre s’est déplumée…Orphée linéaire et veule…Eurydice, Calchas, Médée, Pandore, Méduse, Pélops, Atrée ”. De la tragédie classique l’alexandrin contamine le rythme des phrases, jusqu’à la citation littérale ou détournée “ la princesse au palais s’andromaquait en vain où suis-je qu’ai-je fais que vais-je faire encore. ” ( p 22). Les comptines prêtent leur rythme,  “ un deux trois maman m’entends tout bas ” (p 12), les cantiques leur litanie, trois anges sont venus ce soir, les livres de lecture leurs phrases conventionnelles papa fume la pipe, maman a une robe rouge, les chansons leurs “ arguments d’autorité Tonton un jour est mort d’avoir oublié de respirer ” (p 40), la Bible ses certitudes Heureux les simples d’esprit, ils verront le royaume de Dieu (p 38), le dictionnaire ses définitions :Sursis : période de répit, délai (p 48).

Cette profusion de références littérales ou détournées gravitent autour de la mort, métaphorisée par le sablier, accessoire obligé des vanités, et qui figure ici l’énoncé central du père “ un jour je vais te tuer : ça c’est en attendant ” (p 47), en attendant la mort, en attendant le crime.

L’auteur réalise le tour de force de délivrer des informations biographiques précises, de brosser un riche tableau clinique, de transmettre des affects vivaces, de décrire les diverses phases de sa progressive délivrance par la grâce d’un style maniant toutes les resssources de la langue, polysémie, assonnances, associations d’idées, associations de mots. Seul l’écrit permet ce jeu de subversion de l’orthographe qui infiltre le signifiant d’un signifié hétérogène ( autopsy, ma Lotherie ) pour créer des néologismes à la mesure d’une énonciation déchirant les convenances langagières.

La violence faite à la langue répond à la violence faite à “ l’enfant de limon ”. Le personnage du père domine le “ synopsis ” narré sur le ton d’un conte . “ En banlieue parisienne il y avait une enfant. Elle avait deux nattes brunes, un père et une maman. En fin d’après-midi le père dans la cuisine tira à bout portant. La mère tomba la première. Le père visa l’enfant. Le père se ravisa, posa genoux à terre et enfouit le canon tout au fond de sa gorge. ”. C’est à la gorge que fut aussi prise l’enfant, devenue mutique durant “ neuf mois pour que la scène se digère en mémoire ” (p 18). Et dix huit ans pour que au “ le futur antérieur ” le sujet parvienne à symptraumatiser la langue.

Cet accés à la production de l’in-désens se soutient d’une réfutation en règle de la vulgate psychanalytique, supposée “ formater mon cas ” par ses questions trop prévisibles, et par ses réponses réductrices. “ un d’entre vous naguère osa nommer mon vide lorsque mes propres lèvres se soudaient de refus. Il lacha aphasie ”. La volonté de dire s’appuie sur un savoir “ l’inconscient est coupant c’est son moindre défaut…une fois étiquetée la chair éructe hélas et c’est bien dégoûtant elle n’hésite pas la chair à tout éclabousser ” (p 20)

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