Apprendre de l'artiste

"De l'art, nous avons à prendre de la graine" J. Lacan

  • Apprendre ?

    "(...) le seul avantage qu'un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, lui fût-elle donc reconnue comme telle, c'est de se rappeler avec Freud qu'en sa matière, l'artiste toujours le précède et qu'il n'a donc pas à faire le psychologue là où l'artiste lui fraie la voie" Jacques Lacan, Autres écrits, Hommage fait à Marguerite Duras, p192.
  • Enter your email address to subscribe to this blog and receive notifications of new posts by email.

    Rejoignez 49 autres abonnés

Archive for the ‘deuil’ Category

Projection de « Copie conforme » d’Abbas Kiarostami + débat

Posted by eduasca sur 27 juin 2010

PRIS D’INTERPRÊTATION FÉMININE ATTRIBUÉ À Juliette Binoche

PRIS DE LA jEUNESSE

au Festival Internationl du Film de Cannes 2010

LEMONDE| 18.05.10 |http://www.lemonde.fr/cinema/article/2010/05/18/copie-conforme-kiarostami-un-virtuose-de-l-illusion_1353215_3476.html où vous trouverez également une bande annonce.

« Copie conforme » : Kiarostami, un virtuose de l’illusion

C’est une petite révolution dans l’œuvre d’Abbas Kiarostami. Le cinéaste iranien a tourné pour la première fois hors de son pays, en Italie, dans un village de Toscane. Il ne faut pas en déduire qu’il s’exile, ni qu’il change sa manière.

Copie conforme, présenté en compétition à Cannes, lundi 17 mai, et en salles mercredi 19, est l’aboutissement d’un projet qu’il a évoqué il y a quelques années. Il s’était alors inquiété de savoir si Isabelle Adjani parlait arabe. Il envisageait de tourner avec elle un film à Beyrouth, un film où l’on aurait parlé trois langues. Ainsi mûrissent les films, un temps abandonnés, puis ressurgissant sous une autre forme, plus aboutie. La copie conforme d’une première mouture, avec l’apport du temps et de la réflexion, qui garantit la maîtrise, donne un zeste de plus grande vérité.

Tel est donc l’un des enjeux de ce jeu de masques. Quelques jours dans la vie d’une femme française, habitant en terre étrangère, et dont le désir contrarié, l’insatisfaction existentielle, se traduisent par son déracinement. On parle anglais, italien et français. Cette femme est à la fois en manque de ses racines et d’un homme. Elle tient une galerie d’art à Florence, élève un fils. Elle se sent délaissée par son mari, toujours absent.

On ne peut parler de guerre des sexes chez Kiarostami, mais plutôt de malentendu. Les hommes, chez lui, vivent dans l’illusion que l’amour des femmes leur est acquis et qu’ils n’ont pas besoin de donner sans cesse des preuves d’affection. Tandis que les femmes ont une conscience aiguë de l’insécurité. Elles craignent d’être délaissées et réclament des gages d’amour, des rappels de complicité. Leur sérénité passe par la certitude de pouvoir compter sur un homme assumant ses devoirs d’époux et de père. Un homme qui serait là aux bons moments, qui n’oublierait pas leur anniversaire de mariage et qui aurait conservé, comme elles, le souvenir des heures magiques de leur idylle.

Bellâtre narcissique

Un homme, une femme : ils n’ont pas de nom. Le film est une fable et une comédie. Une comédie de faux-semblants. Un jeu sur les apparences. La femme perdue assiste à la conférence donnée par un critique d’art qui vient de publier un essai. C’est un bellâtre narcissique, un calculateur, un opportuniste. Elle l’invite à visiter sa galerie, lui demande de dédicacer les exemplaires de son livre qu’elle a achetés pour elle et des amis. L’embarque en virée à Lucignano, en Toscane, où se célèbrent des mariages, reflets vertigineux de ce qui se passe entre elle et lui.

Car insensiblement, Copie conforme prend un virage désarmant. Les deux protagonistes ont des discussions polémiques sur la valeur d’une reproduction d’œuvre d’art par rapport à l’original, sur ce qui en fait le prix (l’intention de l’artiste ou le regard que l’on porte sur elle). Le scénario brouille les cartes, s’offre plusieurs révolutions. L’homme évoque un souvenir dans lequel elle se projette. Puis une serveuse de café et un touriste les prennent pour mari et femme. « Un beau couple », dit quelqu’un.

En forment-ils un ? Nous assistons à une scène de ménage suffisamment troublante pour que perdure ce doute dont Kiarostami a fait sa marque, cette réflexion cinématographique sur la puissance révélatrice du leurre, la force visionnaire du simulacre, le rôle psychanalytique du mensonge pour exhumer la vérité. Comme dans Close-up (1991, où un homme au chômage se faisait passer pour un célèbre cinéaste), Kiarostami use de la confusion entre le vrai et le faux pour nous faire accéder à un au-delà de l’image. Ces scènes symboliques nous rappellent que nous sommes au cinéma, mais que ce qu’une femme comme Juliette Binoche (éblouissante) affiche sur un écran, sa soif de vivre, ses chagrins, son goût de l’autre, est de l’ordre de la confession.

Subrepticement donc, elle se met à s’adresser à lui comme s’il était cet époux indigne, comme si cette chaude après-midi en Toscane était une scène de rupture ou une ultime scène de séduction. En quelque sorte, comme dans Close-up ou dans Shirin (2008, où Kiarostami tournait le dos à l’écran d’une salle de projection pour filmer le visage des spectatrices), il y a deux films en un : celui que se fait l’héroïne et celui auquel Kiarostami nous fait assister.

Lorsqu’il filme son héroïne dans une voiture, caméra fixée sur elle au mépris du paysage, comme quand il montrait les spectatrices de Shirin, Kiarostami indique la césure entre ce qui est dans le champ du regard des personnages et ce qui prime pour lui : son propre point de vue. Celui de l’illusionniste qui ne cache pas ses tours de passe-passe pour cerner la vérité.

Jean-Luc Douin

Film italo-franco-iranien d’Abbas Kiarostami avec Juliette Binoche, William Shimell. (1 h 46.) Sortie en salles le 19 mai.

EXCELLENT


Posted in apprendre, Cinéma, deuil, impossible à supporter | 1 Comment »

Lorsque l’enfant disparaît, par Christiane Terrisse

Posted by vrdriguez sur 10 janvier 2005

1997 : L’enfant éternel, 1999 : Toute la nuit…,2004 : Sarinagara, ces trois romans de Philippe Forest tentent de cerner l’impossible à supporter du réel quand la mort de l’enfant vient annuler l’ordre apparent des générations, et confronte les parents à leur propre survie vécue comme absurdité.

Cette trilogie peut se lire comme le récit, en trois moments logiques, du temps qu’il faut pour se faire à être radicalement manquant quand, du fantasme d’une complétude qui se refermerait sur « la petite famille » il ne reste rien qu’une tombe et deux solitudes déchirées. Quand le ne rien vouloir savoir de l’indestructible espoir cède devant la certitude du jamais plus, puis s’ouvre « cependant »à la nouvelle orientation vers le désir, possible.

Professeur de littérature, essayiste, critique collaborateur aux revues Art Press et Rond Point, Philippe Forest « ne pensais jamais écrire …car un livre ne devrait exister que s’il se fait malgré son auteur, en dépit de lui, contre lui, l’obligeant à toucher le point même de sa vie où son être, irrémédiablement, se défait »(1) Philippe Forest, L’enfant éternel, « L’infini », Gallimard, 1997, reed. « Folio » n° 3115. p. 135.. Cette défaite, faille « entaille dans le bois du temps »  porte le nom du cancer de l’enfant dont le prénom : Pauline imprègne, lancinant écho du bonheur perdu, les textes « écrits au futur antérieur et (qui) disent  j’aurai été » (2) Ibid, p. 132-133 .

L’enfant éternel, premier opus s’ouvre sur l’éblouissement blanc de la première neige, alors que la fillette vient de fêter ses trois ans et s’assombrit quand une discrète souffrance au bras gauche rencontre la terrible polysémie du mot « tumeur », quand le lexique familial s’enrichit de termes jusque là inconnus « alopécie, aplasie… », d’euphémismes « geste non conservateur » pour amputation, quand l’enfant invente l’ adverbe de l’espoir au conditionnel « entement, ça serait bien si… » qui voulait dire à la fois : heureusement et autrement 3 Ibid, p. 172.

Mais paradoxe « la longue année où mourut notre fille fut la plus belle de ma vie » Ibid, p. 233  unique dans sa déchirante suite de dernières fois, dans le repliement du trio sur les rituels quotidiens des soins et des jeux, des diagnostics et des contes, quand les fictions prennent le relais du non sens du réel. En exergue de chaque chapitre l’auteur angliciste choisit un extrait de Peter Pan, éternel enfant, et Pauline joue le rôle de Wendy sauvée par Peter « l’intelligence de James Barrie est d’avoir inventé là un monde où les enfants ont raison, où on ne leur enseigne pas de renoncer à ce qu’ils sont » 4 Ibid, p. 372.

Cependant, au juste mitan du livre, Forest en appelle aussi à ses propres références littéraires pour confronter, voire conforter, sa tentative de « faire de sa fille un être de papier » avec les écrits de Victor Hugo et de Stéphane Mallarmé, mais récuse l’idée d’un travail du deuil pour réduire l’écriture à « un rituel de dérision » qui « ajoute encore un peu à la honte d’être resté vivant » 5 Ibid, p. 229.

Le blanc de la neige inaugurale est devenu  la couleur dans laquelle on enterre les enfants morts et le texte se termine sur le récit d’un rêve « au matin elle m’appelle…je l’emmène avec moi…vers la vie ».

Une série de rêves ouvre Toute la nuit…, le second écrit qui, démentant la fragile illusion, revient sans répit sur les pas du précédent et creuse le trou de l’absence annoncée puis réelle. Ce qui n’était jusqu’alors qu’évoqué avec une pudique retenue, insiste, se précise, ne masque plus l’impossible à supporter du « travail nu de l’agonie » 6 Philippe Forest, Toute la nuit…Paris : Gallimard, 1999, p. 50. « l’hallucination calme et violente du malheur ». l’étrangeté des  euphémismes secourables d’une langue morte : funérarium, colombarium…

Alice, « maman de Pauline », parle ici à la première personne, lors de dialogues entre Elle et Lui intercalés en italique dans le récit. Cette présence en contrepoint révèle l’écart entre celui qui écrit et celle qui n’écrit pas; de fait la souffrance divise et chacun noue à sa manière les fils de l’histoire interrompue, pour l’un son chagrin prend la forme de cette obsession : écrire, pour l’autre demeure le chagrin de vivre encore, sans envie . Et la femme précise : « Il y a mon expérience, et puis il y a la tienne. Elles sont sans rapport » 7 Ibid, p. 247. Le non rapport ne se limite pas au registre du sexuel, mais contamine toute rencontre du réel, singulière, à chacun d’inventer sa réponse à l’intraitable quand la science a échoue et quand la religion se tait.

Le jeu du « Memory » se joue aussi avec des photos, de la dernière où Pauline n’a « pas encore sombré dans l’horizontalité sans appel des gisants », à la première où « elle n’a pas quitté la forme du ventre où elle vivait » 8 Ibid, p. 153, en passant par toutes celles qui se sont prises, et par l’image à tout jamais manquante, Pauline sous la neige, avant.

L’énigme intime qu’est l’écriture pour l’auteur rencontre l’obscurité étrange de la formule d’un autre auteur, analyste, sur le consentement au « le gracieux sacrifice du deuil » 8, Ibid, p. 231, à l’opposé de la tentation du « long et incessant roman qui ne serait rien d’autre qu’un non têtu et inutile opposé à la perte » 9, Ibid, p. 304, la tentation d’éterniser la douleur.

En japonais Sarinagara signifie « cependant », dernier mot redoublé d’un poème de Kobayashi Issa, 1763-1827 ; littéralement les dix-sept syllabes de ce poème disent :

« monde de rosée-c’est un monde de rosée –

et pourtant pourtan

Mais une traduction moins artificiellement fidèle à son modèle écrirait plus simplement :

Je savais ce monde-éphémère comme rosée-

Et pourtant pourtant

Philippe Forest indique dans le prologue du texte paru en 2004 : Tout le roman qui suit, tout ce qu’il dit de la vie tient pour moi dans le redoublement de ce dernier mot : Cependant. L’auteur commence ici aussi par raconter un rêve d’enfance qu’il lui apparaît aujourd’hui avoir rejoint, «  j’étais seul au milieu d’un néant clair qui comprenait tout horizon » 10

Philippe Forest, Sarinagara, Paris : Gallimard, p. 22. 2004.

Le roman se tisse à partir de trois artistes : poète, romancier, photographe et en trois lieux : Kyoto, Tokyo, Kobé mais tourne autour d’un point d’impensable impossible à résorber. La poésie d’Issa « dit le perpétuel désastre du temps », mais elle dit aussi son recommencement perpétuel. Au moment le plus noir de sa vie, contemplant son épouse en pleurs penchée sur le corps de son enfant, Issa raconte « Et pourtant, rien de ce que j’aurais pu faire n’aurait permis que se dénouent les liens de l’amour humain » et écrit le poème qui donne son titre à ce second texte.

Les romans de Natsume Sôseki (1867-1916) disent « une sorte d’effarement devant le mouvement s’accélérant du temps…le secret de Sôséki tient à cette seule stupéfaction. Elle est la nôtre aussi » 10 Ibid, p. 119., stupéfaction devant cette expérience finalement très curieuse que connaissent deux êtres de sexe opposé qui laissent passer ensemble sur eux le temps de leur vie, Sôseki comme Forest est  cet homme qui voit sa compagne s’enfoncer dans un immense chagrin dont il partage un peu l’amertume mais qu’au fond il ne comprend pas, cet homme confronté à l’irréductible altérité de l’autre, au fait que l’amour ne fait jamais Un, mais toujours deux. Yamamata Yosuké (1917-1966) est le témoin qui ayant vu doit soutenir jusqu’au bout la honte, le chagrin, la culpabilité auxquels son regard est lié à jamais, Yamamata a vu le matin du 10 août 1945 à Nagasaki, il a fixé les images de ce monde en miettes  où se tiennent côte les vivants et les morts , un monde  de solitudes sans limite  face au néant. La dernière photo, seule image recevable du désastre, la plus célèbre représente une mère allaitant son enfant, le geste immémorial du sein qu’elle donne, l’abandon confiant de l’enfant dans ses bras, disent le désir entêté de survivre , et quand cinquante ans plus tard la femme vit l’image « elle ne savait dire qu’une chose, que, comme tous les autres, cet enfant là était infiniment précieux…que les années passant n’atténueraient en rien le scandale nu de sa disparition » 11, Ibid, p. 249.

Philippe Forest , au lendemain de la mort de sa fille part au Japon sans savoir quelle obscure nécessité l’y mène. A Kyôto il retrouve au hasard d’une promenade solitaire l’inquiétante étrangeté de la couleur identique à celle de son rêve d’enfant, quand le jaune qui émanait du ciel lui signifiait que rien n’existait vraiment. Pourtant cette irréalité même lui semblait le gage de toute vérité, de toute joie. A Tokyo au printemps le couple interprète la blancheur des flocons de neige ajoutée à la blancheur des fleurs comme un signe de la splendeur du monde liée à l’éphémère, et dont ne demeure qu’ une photo, couleur du deuil au Japon. Chaque rencontre lui permet d’avancer vers le terme de cette quête : Kobé, ville inconnue et cependant reconnue, comme celle de son rêve d’enfant. L’ombre de Freud plane à Kobé sur ce « trouble de mémoire » comme il était présent à Kyôto dans « l’inquiétante étrangeté » de la couleur, ou à Tokyo face à « l’éphémère destinée » de toute beauté. Au « gracieux sacrifice » du deuil » l’auteur va consentir en ce lieu « féerique », dévasté quelques années auparavant par un grand tremblement de terre,  la date du désastre : le mardi 17 Janvier 1995 coïncide avec l’annonce de la maladie de Pauline, l’enfant éternel. Le parcours en boucle des trois romans s’achève sur la révélation de la détermination inconsciente de ce long périple à l’autre bout du monde. « Le Japon fut pour nous le pays d’après, celui où survivre à la vérité reprenait un sens…survivre est l’épreuve et l’énigme…nous voici à nouveau…impardonnables et pourtant innocents, nous qui sommes vivants » 12 Ibid,p. 272.

En janvier 2005, 60 ans après la « libération » du camp de concentration d’Auschwitz, 50 ans après la destruction de Nagasaki, 10 ans après le tremblement de terre de Kobé, 10 ans après l’annonce du cancer de Pauline, un mois après le tsunami asiatique, alors que la neige tombe comme à Paris en 1995, la trilogie de Philippe Forest est à lire, dans sa succession et son intégralité, pour la singularité d’une histoire universelle d’amour et de perte, d’oubli et de souvenir, de chagrin et de mots. Elle est à lire pour mesurer le pouvoir de transmission de la fiction qui prend à sa charge le peu de réalité de nos existences « autour de l’œil noir et fixe du néant » mais qui ouvre sur « l’infini du temps ».

Philippe Forest « parle simplement pour ceux qui savent », il en appelle à ceux qui ont su chercher les mots pour survivre, et s’inscrit dans cette fragile série d’artistes passeurs du réel dont les psychanalystes ont « à apprendre ».

Christiane Terrisse

Janvier 2005

Rencontres

Nous sommes ici autour de P Forest grâce à une série de rencontres, à la fois hasard et décision.

La première est l’existence depuis 2000 de ce Séminaire qui tente d’« apprendre de l’artiste » ; J Lacan dans son Hommage fait à M Duras du ravissement de Lol V Stein en 1965 (Autres écrits p 191, Cahiers Renault-Barrault n° 52, Ornicar n° 34) indique au psychanalyste que « l’artiste toujours le précède et il n’a donc pas à faire le psychologue là où l’artiste fraie la voie » et le met en garde contre le risque de goujaterie « attribuer la technique avouée d’un auteur à quelque névrose » ou de sottise « de le démontrer comme l’adoption explicite des mécanismes qui en font l’édifice inconscient ». Lors de la première séance de ce Séminaire je tentai, en suivant ces conseils, de transmettre ce que m’avait appris Louise Bourgeois, rencontrée à NY en juillet 1998 pour la revue Barca !. Depuis 2002 un cartel, soit 4 personnes plus une, anime ce Séminaire, c’est à dire choisit l’œuvre d’un artiste, effectue un travail de préparation et met « à ciel-ouvert » le produit de ce travail. Tel est le cadre de cette soirée ouverte à tous.

J’ai découvert l’écrivain P Forest grâce à Jacques Deutron qui m’a fait partager son enthousiasme pour l’œuvre et son respect pour « l’érudition et la courtoisie » de l’homme, mais une autre raison m’a fait aussitôt lire la trilogie : L’enfant éternel, Toute la nuit, Sarinagara. Mon fils ainé est mort d’un cancer en Octobre 2003, il avait quarante ans, et le réel « impossible à supporter » de cette perte m’a amenée à chercher une « aide contre », contre ce réel dans diverses lectures à partir de la question « comment faire avec » c’est à dire sans lui.

J’ai bien sûr interrogé Freud, sa théorie sur « deuil et mélancolie » (1915) mais aussi sa correspondance après la mort de sa fille Sophie en 1920 ; interrogé Lacan et son « deuil profond, profond » après la mort de sa fille Caroline en mai 1973, l’année du Séminaire Encore « entre le moment de la plongée dans la langue chinoise et l’engagement définitif sur la voie des mathèmes et des nœuds. »(Roudinesco, p 461). Si la psychanalyse est bien « science du réel » elle l’aborde par le nouage avec l’imaginaire et le symbolique.

Posted in deuil, Enfant, traumatisme | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »