Apprendre de l'artiste

"De l'art, nous avons à prendre de la graine" J. Lacan

  • Apprendre ?

    "(...) le seul avantage qu'un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, lui fût-elle donc reconnue comme telle, c'est de se rappeler avec Freud qu'en sa matière, l'artiste toujours le précède et qu'il n'a donc pas à faire le psychologue là où l'artiste lui fraie la voie" Jacques Lacan, Autres écrits, Hommage fait à Marguerite Duras, p192.
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Grabigouji

Posted by vrdriguez sur 17 février 2012

Vient de paraître aux éditions Dilecta un petit ouvrage au titre énigmatique : « Grabigouji« , dédié par la cinéaste Brigitte Cornand « à Louise Bourgeois, mon amie« .

En quatrième de couverture, cartonnée, bleu tendresse, l’auteur relate brièvement l’affect présidant à la rencontre initiale :  » la première fois que j’ai sonné à la porte du 347 West de la 20e rue, je tremblais comme une feuille. Louise Bourgeois allait certainement décliner mon idée de faire un film sur elle. » Je reconnais ici l’émotion qui fut aussi la mienne lorsque en 1998 je sonnais à cette même porte (vous en trouverez l’ombre portée à la page 57 du recueil) pour solliciter un entretien. A la page 11, un énigmatique rébus figure LB « à la fois douce comme la laine et soudain aussi féroce que le capitaine Crochet ». Nous y voyons un crochet à demi dévissé sur un vieux contreplaqué, au dessous est écrit au crayon wools. Saisissant raccourci de la pensée par image, fulgurant aperçu de sa puissance évocatrice, voire curative comme l’évoque l’anecdote « Be Calm » (p 22).

Mais poursuit l’auteur, « bien au contraire ce projet marqua le début d’une longue et profonde amitié » dont témoigne le présent recueil, élaboré l’été 2010 et qui pourrait s’appeler « la vie de la disparition », soit ce qui palpite encore, bien après.

L’édition bilingue prend en compte la double appartenance de LB, française de naissance, américaine par son mariage avec Robert Goldwater, auteur de Artists on Arts que Louise considérait comme « the best » (p 38).

L’alternance de photos et de textes marque la prégnance de l’image dans le travail de la plasticienne comme dans celui de la cinéaste, mais aussi la place de la conversation ininterrompue entre les deux femmes, depuis les échanges triviaux ou culturels jusqu’au signe de reconnaissance amicale ponctuant chaque rencontre, ce grabigouji, entre nomination et onomatopée, pure jouissance jaculatoire, à la fois « nom de code… expression d’un désir… signal », évoquant lalangue que Lacan connote du hors sens, de l’archaïque condensation entre langage et pulsion.

Depuis plusieurs années, Louise actualisait tout un répertoire de comptines enfantines qu’elle aimait à interpréter, ou à faire interpréter. Je me souviens d’un après midi consacré à solliciter nos mémoires souvent plus approximatives que le sienne et de sa joie du souvenir. Cette prédilection pour la voix relaya, sans la supprimer, son attrait pour le regard, deux objets également présents dans le témoignage de Brigitte Cornand.

Les diverses prises de vues composent un auto portrait de l’artiste en vieille dame : visage en gros plan (dont une Louise endormie, en noir et blanc, ressemblant à Marcel Duchamp), accumulation de photos, de livres, de rubans, détails proches de l’installation (un flacon de parfum Shalimar, la photo d’une araignée, une décoration…), fragments d’inscriptions, inquiétantes contre plongées, clair-obscurs, contre-jours, ombres portées.

Tout un univers emblématique de l’oeuvre de Louise Bourgeois, avec sa coexistence de figuration et d’abstraction, de quotidienneté et d’étrangeté, de réalisme et de poésie, de présence et d’énigme.

Et que dire des couleurs! Dominante rouge des aquarelles, gris de l’oiseau sur le fond vert des frênes de la petite terrasse, polychromie de la table de travail, nature morte d’un évier de cuisine hors d’âge, éclat d’or des anneaux d’oreilles, transparence d’une dentelle de verre, ombre d’une araignée noire sur quadrillage bleu vif.

L’écart maintenu entre  texte et images évite  commentaire ou  paraphrase et protège une certaine illisibilité, nécessaire à proximité des mystères, celui de la création, celui de la disparition, et celui toujours actif de la mémoire vivante de ceux que l’on a aimé.

Christiane Terrisse

Décembre 2011

 

Editions Dilecta, 4 rue de Capri, 7512 Paris

www.éditions -dilecta.com 

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