Apprendre de l'artiste

"De l'art, nous avons à prendre de la graine" J. Lacan

  • Apprendre ?

    "(...) le seul avantage qu'un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, lui fût-elle donc reconnue comme telle, c'est de se rappeler avec Freud qu'en sa matière, l'artiste toujours le précède et qu'il n'a donc pas à faire le psychologue là où l'artiste lui fraie la voie" Jacques Lacan, Autres écrits, Hommage fait à Marguerite Duras, p192.
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Et le fer s’est détraqué, par Fanny Delon

Posted by vrdriguez sur 4 novembre 2011

Á propos de l’Abattoir, au Théâtre de la Violette, de et avec Delphine Alvado et Anne Bourges

Je vais le faire … Et le fer s’est détraqué après que Christine Papin a repassé les quatre chemises de Monsieur.

On a rien fait de mal disent Christine et Léa

Madame a compté les sucres, rapporte Léa, elle a compté les sucres…Elle croit qu’on les a volé !

On a rien fait de mal ! crient les deux sœurs dans l’absence de Madame et de Mademoiselle.

Les deux femmes se touchent, elles se regardent, elles sont si proches, dans la chambre de bonne qu’elles partagent, elles se rassurent, se caressent, se bousculent, elles ressassent ensemble :

on a rien fait de mal !

Elles se regardent, elles se recoiffent, elles regardent le portrait d’elles qu’elles ont fait encadré : elles sont fières des crans de leur coiffure, des broderies de leur décolleté, on dirait des dames.

Dans leur chambre de bonne, les deux sœurs rêvent de chapeaux, de gants en zibeline pour aller à la messe… mais elles se cognent aux 5 francs que madame va retenir sur leur gage parce que le fer est détraqué.

Léa en rajoute, elle dit à sa sœur que Maman Madame l’a regardé bizarre, parce qu’elle avait une petite tâche sur son tablier : On a rien fait de mal !

La scène est remplie de journaux, de revues, de cartons. Delphine et Anne, les deux actrices, rêvent de comprendre Christine et Léa, les deux sœurs : elles lisent les articles, les revues, les comptes-rendus, les minutes, les rapports, elles consultent les archives, elles parcourent des magazines, et aussi des livres, des témoignages sur la Boucherie, entre Ragot et Vérité

Un fou rire les dégage du rapport médico-légal inélaborable : le marteau, les mains, les yeux, le pot, les crânes, les yeux, le sang, les couteaux, l’œil, l’escalier…

Le fer est détraqué… tremble Christine en astiquant l’argenterie de Madame, en grignotant le pain dans sa chambre de bonne : je vais le faire..

Madame n’aurait pas du retenir 5 francs sur leur gage, elles auraient pu acheter deux paires de gants en zibeline pour aller à la messe, elles auraient pu se faire tirer un nouveau portrait chez le photographe avec des chapeaux, comme des dames.

Delphine et Anne jouent à être des dames, elles n’ont qu’un gant chacune pour jouer aux dames, loin de la chambre de bonne.

On a rien fait de mal ! Léa regarde sa sœur, y voit la rage, s’emplit de cette force inaboutie. Madame l’a repoussée, Léa, avec sa petite tâche sur le tablier : j’ai pas eu le temps de me changer, elle m’a regardé bizarre, elle ne m’a pas parlé

Christine-Delphine explose sa rage sur les papiers, elle déchire, elle écrase, elle démantèle les revues, les journaux, elle déchire, sa sœur la regarde, Anne la regarde.

Le rapport médico-légal du psychiatre a déclaré que Christine et Léa Papin étaient vierges, saines de corps et d’esprit.

On a rien fait de mal !!! hurlent les deux sœurs dans l’absence de Madame et de Mademoiselle. Elle m’a regardé bizarre.

Et les plombs ont sauté, on n’y voit plus rien, elles n’y voient plus rien

Les plombs ont sauté, Christine assomme Madame qui ne devait pas repasser, elle écrase la bouche qui ne lui fera plus d’observations, elle enlève les yeux qui ne verront plus les petites tâches, elle coupe l’oreille et n’entend plus les reproches,

Léa fait comme sa sœur avec Mademoiselle.
Elles regrettent, le fer s’est détraqué… les plombs ont sauté..

Elles ne savent plus si elles regrettent. Madame et Mademoiselle ne devaient pas repasser, le fer se détraquer, les plombs ne devaient pas sauter.

Sur cette scène du Théâtre de la Violette, Delphine Alvado et Anne Bourgès nous ont ramenés dans la chambre de bonne des sœurs Papin, en 1933, tout près de Christine et de Léa, et leur Acte, repassé encore une fois devant nos yeux , nous laisse toujours sans voie.

Fanny Delon, Toulouse, octobre 2011


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