Apprendre de l'artiste

"De l'art, nous avons à prendre de la graine" J. Lacan

  • Apprendre ?

    "(...) le seul avantage qu'un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, lui fût-elle donc reconnue comme telle, c'est de se rappeler avec Freud qu'en sa matière, l'artiste toujours le précède et qu'il n'a donc pas à faire le psychologue là où l'artiste lui fraie la voie" Jacques Lacan, Autres écrits, Hommage fait à Marguerite Duras, p192.
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Projection + débat autour du film SHIRIN d’Abbas Kiarostami

Posted by eduasca sur 25 mars 2010

« Chaque individu, en regardant le film, crée son propre univers. »

« Le spectateur complète son film à partir de notre semi-film. »

« Plus de cent spectateurs fabriquent leur film au même moment. »

« Il leur appartient et il correspond à leur propre univers. »

Abbas Kiarostami , mars 1995

Dans une salle de cinéma, une centaine d’actrices assistent à la projection d’un film qui narre l’histoire de Khosrow et Shirin, la plus ancienne épopée persane qui a inspiré Shakespeare pour sa pièce Roméo et Juliette. Cadrées en gros plans, ces actrices réagissent aux images que l’on ne verra pas, la bande-son étant la seule partie du film que nous puissions partager avec elles. A mesure que le film se déroule, les émotions se lisent peu à peu sur les traits de leur visage. Un sourire, des larmes, une extrême attention, alors que les obstacles empêchent le Prince Sassanide Khosrow de s’unir à la sublime princesse d’Arménie, Shirin.

Avec Shirin, Abbas Kiarostami nous propose donc une expérience radicale, une sorte d’installation cinématographique où se joue deux films en un, le premier, davantage un miroir où les spectateurs font face à d’autres spectatrices (les actrices donc), le second, le film de fiction que nous pouvons entendre mais dont les images nous sont inaccessibles, dont seule la lumière de leur projection nous est acquise sur le visage de toutes ces actrices, témoins privilégiées d’une histoire d’amour déchirante. Le cinéaste s’éloigne donc encore davantage du film de fiction pour seulement nous en proposer la trace, celle de la réaction d’un public. Qu’en est-il alors de notre propre réaction ? Shirin ne s’offre pas d’elle-même, il faut s’y investir à l’image du conte persan lui-même, le roi Khosrow devant promettre à la belle princesse arménienne de l’épouser pour pouvoir la courtiser. Rencontre impossible entre les deux amants dont les chemins se croisent sans permettre la rencontre. Ici le spectateur ne rencontre à aucun instant le film du cinéaste tant la distance des émotions (par l’intermédiaire des émotions des actrices) est lointaine.

Le film d’Abbas Kiarostami démontre un paradoxe insoluble : film éminemment intellectuel, il encense le pouvoir évocateur de la fiction sur les âmes en nous refusant ce même spectacle. En s’éloignant de la forme fictionelle, Kiarostami chercherait-il à nous en rapprocher de plus près ? Nous sommes loin en effet du cinéma qui le révéla, Où est la maison de mon ami ?Close-upAu travers des oliviersLe goût de la ceriseLe vent nous emportera, désormais de lointains échos à une conception du cinéma qui ne refusait pas la fiction elle-même, même si déjà le cinéaste questionnait les habitudes passives du spectateurs. La découverte de la caméra numérique et des possibilités plus immédiates d’un tournage « allégé » sur ABC Africa en 2000 changeront sa pratique artistique de façon irrémédiable. La tentation de la libération (celle du cinéaste vis-à-vis de son outil de travail) va conduire Abbas Kiarostami à explorer d’autres continents de la création sans jamais abandonner son questionnement sur la place du spectateur et le rôle que ce dernier doit jouer dans la longue chaîne filmique.

Shirin serait-il la conclusion de ce chemin ? Ce chemin tortueux qui ne zigzague plus dans les paysages de ses films mais bien plutôt entre les films eux-mêmes. Les uns sortiront de la projection de Shirinavec l’impression d’avoir explorer la profondeur du propos artistique du cinéaste, les autres en sortiront déçus de ne pas pouvoir contempler le visage forcément sublime de la belle princesse Arménienne. Ce qui est sûr cependant, c’est l’hommage que le cinéaste rend aux femmes et au cinéma de son pays par l’entremise d’une centaine d’actrices iraniennes de quatre générations différentes, excepté ce visage qui nous est plus familier, celui de Juliette Binoche qui s’est glissé dans ce public. A travers le regard profond  et concentré de toutes ces femmes, le film atteint une certaine intemporalité, amplifiée par l’utilisation exclusive du gros plan. La grammaire cinématographique en est réduit à sa plus simple expression conférant au film un certain caractère primitif. Un film particulier qui ne convaincra pas tout le monde, qui suscite davantage la réflexion que les sensations ou l’émotion.

source : http://cineablog.wordpress.com/2010/01/19/shirin-abbas-kiarostami-2008-chronique-cinema/#comment-61

UN EXTRAIT + interview d’Abbas Kiarostami : http://www.toutlecine.com/film/videos/0038/00385448/00018059-bande-annonce-1-shirin.html

Le commentaire du cinéma ABC de Toulouse

(source evene.fr)

S’il n’était aussi réussi, on qualifierait sans doute ce film du terme un peu méfiant d’“oeuvre-concept”. Son dispositif est en effet assez radical, enchaînant exclusivement à l’écran des visages de femmes, en plans fixes et serrés, spectatrices d’un film qui retrace les amours tragiques de la princesse Shirin. Dont nous ne percevons que la bande-son. D’abord, on songe à une mise en abyme cocasse de la salle de cinéma réelle par son double à l’écran. Mais très vite, l’enjeu formel passe au second plan, tant chacun de ces visages – tour à tour graves, amusés, inquiets, en larmes retenues, et obstinément scrutés par la caméra – traduit et commente l’action qui nous échappe comme autant de paysages mentaux. Habilement, Kiarostami poursuit ainsi sa passionnante recherche d’une éthique de la représentation, à la fois intime et collective, sur laquelle il inscrit la thématique, chez lui plus récente (essentiellement depuis Ten), d’une dimension politique de la féminité. Rappelons qu’on se trouve en Iran. Aussi, le fait qu’une spectatrice laisse glisser, aux soupirs d’une scène d’amour, le voile de ses cheveux n’est pas anodin. “Vous, mes soeurs”, leur lance d’ailleurs cette Shirin à la passion sacrifiée par les rivalités masculines, visuellement absente mais dont chaque spectatrice paraît devenir une émanation particulière. Sans lourdeur ni message, c’est dans une subtilité ouverte, labile, que se jouent ces multiples sens, laissant au spectateur une complète liberté de rêverie associative. D’autant que les dialogues du film dans le film, inspirés d’un poème épique du XIIème siècle, sont d’une dignité et d’une justesse émotionnelle remarquables, sans le moindre pathos. Conjuguant classicisme et avant-garde, profondeur et simplicité, sensibilité et intellect, ce film affirme une nouvelle fois le génie suggestif de Kiarostami. Bref, un bonheur.

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