Apprendre de l'artiste

"De l'art, nous avons à prendre de la graine" J. Lacan

  • Apprendre ?

    "(...) le seul avantage qu'un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position, lui fût-elle donc reconnue comme telle, c'est de se rappeler avec Freud qu'en sa matière, l'artiste toujours le précède et qu'il n'a donc pas à faire le psychologue là où l'artiste lui fraie la voie" Jacques Lacan, Autres écrits, Hommage fait à Marguerite Duras, p192.
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Conversation avec Laurent Mauvignier

Posted by eduasca sur 2 mars 2010

Ils ont été appelés en Algérie au moment des ‘événements‘, en 1960. Deux ans plus tard,  Bernard, Rabut, Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire en hiver, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

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Une Réponse to “Conversation avec Laurent Mauvignier”

  1. eduasca said

    ENTRETIEN avec Laurent Mauvignier par Nelly Kaprièlian, Les Inrockuptibles
    http://www.leseditionsdeminuit.eu/f/index.php?sp=liv&livre_id=2617

    Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire autour de la guerre d’Algérie ?
    Laurent Mauvignier – Mon père a fait le guerre d’Algérie et en a ramené plein de photos… sur lesquelles il n’y a rien, et ça me perturbait beaucoup. Lui n’en parlait pas, c’est ma mère qui me racontait ce qu’il avait vécu, des histoire horribles, comment il avait, par exemple, été traumatisé par la vue d’une femme enceinte piétinée par des soldats français. Et puis chaque année, il y avait les repas des anciens d’Afrique du Nord, sauf qu’on ne savait pas ce que c’était puisque personne ne disait rien… Quand on discute avec des gens de notre génération, on s’aperçoit qu’on a tous dans nos familles quelqu’un qui a fait l’Algérie, mais qui n’en dit pas un mot. En France, dans la littérature, dès qu’on parle de la guerre, c’est 14-18 ou la Seconde Guerre mondiale. Il y a eu de loin en loin quelques romans sur la guerre d’Algérie, mais je crois que le problème, c’est que les auteurs sont restés pédagogiques, en tentant de dénouer les rapports historiques ou de montrer qui sont les bons et les mauvais. C’est louable, mais si on observe comment les cinéastes américains s’emparent du Vietnam – comme dans le film de Michael Cimino, Voyage au bout de l’enfer –, on s’aperçoit que la plupart du temps ils mettent en scène un rapport frontal à la violence plus que l’histoire de la guerre. Ce qui m’a intéressé, ce n’est donc pas de faire un roman sur la guerre d’Algérie en montrant les bons et les mauvais, c’est de mettre des hommes en situation.
    Vous avez fini par interroger votre père ?
    Il s’est suicidé quand j’étais adolescent. Il m’a fallu des années pour me dire que, peut-être, le fait d’avoir participé à cette guerre et d’avoir vu ces choses avait contribué à son suicide. Il y est resté vingt-huit mois, ça n’est pas rien. J’ai entendu aussi l’histoire de types qui devenaient fous. Ça ressemble à un cliché, mais ça m’a aussi intéressé de trouver le moyen, techniquement, de dire ces clichés.
    Vous avez compris les raisons du non-dit chez cette génération ?
    Peut-être qu’ils se sont dit « les Allemands, c’est nous »… Ils ont utilisé du napalm, il y a eu la question de la torture, et puis la trahison de la France, atroce, envers les harkis. Bref, la sensation d’être du mauvais côté. Et puis c’était une guerre sans objet, extraordinairement complexe : d’abord civile, dans la mesure où l’Algérie était la France, civile aussi entre Algériens… C’est une guerre perdue, et comme au XXe siècle la France en a perdu plusieurs, c’est la guerre de trop : la petite guerre par rapport à la Seconde Guerre mondiale, la guerre honteuse. Je crois que le sentiment de honte est le plus fort.
    Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans l’écriture de ce livre ?
    Montrer les relations de cause à effet entre ce qu’ils ont vécu pendant la guerre et ce qui arrive quarante ans après, quand le roman s’ouvre dans le petit village. Et aussi ce passage quand ils arrivent dans une guerre qui a déjà commencé. La question de la causalité entre les Algériens qui attaquent et les Français qui répondent violemment est insoluble. Il ne fallait pas que je fasse croire que les Algériens étaient violents d’emblée et que les Français le devenaient en réaction.
    Pourquoi les écrivains français se sont-ils emparés de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, en délaissant la guerre d’Algérie ?
    Parce que la guerre d’Algérie n’est pas finie. Le Front national, c’est la guerre d’Algérie. Les propos qu’on entend aujourd’hui, cette espèce de racisme progressiste, l’idée qu’un Français ne peut pas être algérien – et donc qu’un Algérien ne peut pas être français –, c’est vraiment la question de départ de la guerre d’Algérie. Et on voit bien comment en France aujourd’hui cette question n’est pas réglée. Dans l’inconscient collectif, il y a quelque chose de ce rejet de l’Algérien qui continue, parce que cette question n’a jamais été pensée dans sa globalité sur les cinquante dernières années. Ça devient un refoulé. La France n’arrive pas à se donner une identité à travers ça, alors que face à la Première et la Seconde Guerre mondiale, elle peut s’en inventer une héroïque.
    Les écrivains américains semblent moins hésitants à traiter la Corée ou le Vietnam…
    C’est dû à une histoire littéraire différente. En France, on a mis beaucoup de temps à revenir à une littérature du sujet. J’ai mis dix ans avant d’assumer l’idée de faire un roman avec des personnages, des situations. Je suis parti d’une écriture qui passait par la voix intérieure d’un narrateur, et là j’aboutis à un passage sur la guerre, avec des personnages en situation d’une violence inouïe. Au bout d’un moment, j’ai réalisé qu’il me fallait sortir du poids des avant-gardes et accepter de faire un roman très « roman » si c’est ce que j’avais envie de faire. Adolescent, je lisais Dostoïevski et je trouvais ça très fort. Puis j’ai lu la littérature du XXe siècle et les avant-gardes… C’est finalement le cinéma qui m’a fait comprendre que j’avais envie de revenir au « roman », c’est en voyant Raging Bull (de Scorsese, où De Niro incarne le boxeur Jake La Motta – ndrl) que j’ai réalisé que j’aimais aussi ça en littérature, quelque chose qui cogne, et que c’est ce que j’avais envie de faire. On peut certes y revenir par l’ironie, comme Jean Echenoz l’a fait avec Zatopek (son roman sur le coureur de fond tchécoslovaque – ndrl), en montrant qu’on n’est pas dupe de ça…
    Mais c’est peut-être bien d’accepter d’être dupe…
    Pour ça, il m’a fallu lâcher prise. Je voulais créer une vraie rencontre entre moi, le livre et un éventuel lecteur, un texte qui ne soit pas que du consommable. J’ai essayé d’écrire de la littérature qui dise quelque chose sans renoncer à ce qu’a été le XXe siècle formellement. Je sais que beaucoup de gens n’acceptent pas le rapport à l’émotion et aux clichés en littérature, alors qu’ils le font sans aucun problème au cinéma. C’est comme s’il y avait un machisme littéraire : l’émotion et les sentiments, c’est bon pour la littérature populaire, c’est des trucs de femme, il faut s’en méfier. Alors qu’au cinéma, les meilleurs cinéastes ne se posent pas la question.
    Le point commun entre tous vos romans, c’est le non-dit ?
    Oui, mais pour le dire, pas pour le réparer. Plutôt pour tourner autour, pour le souligner, comme on souligne un corps invisible. Ça, c’est vraiment le propre du roman, c’est ce que l’histoire, la philo ou la sociologie ne peuvent pas faire. Le roman peut montrer les manques mais il ne s’agit jamais pour lui de donner des réponses. Le roman, c’est l’art de reformuler les questions.

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